La «Feuille de route - Economie circulaire» prévoit de recycler 100% des plastiques d’ici à 2025. Comment atteindre ce taux dans sept ans alors que la France fait partie des pays européens présentant les moins bonnes performances avec un taux de recyclage moyen des déchets plastique (tous secteurs confondus) d’environ 20% (1) ?

Le secteur de l’emballage, qui représente 40% des déchets plastique, fait mieux avec un taux de recyclage des bouteilles et flacons de 56%. Toutefois, le taux est de 3% pour le reste des emballages plastique (2). (ndlr : nous publions le dernier bilan sur la collecte et le recyclage en Europe des bouteilles PET que vient de présenter Petcore et que l’organisme détaillera lors de sa conférence annuelle en février 2018 [•••]. Bilan 2016 qui montre une progression du taux de collecte de 7,4% et du taux de recyclage de 7,3%).

A ce constat s’ajoute le fait que l’utilisation des plastiques est amenée à doubler dans les vingt prochaines années, «car nos modes de consommation sont toujours plus demandeurs en ressources» a expliqué Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et de Finances. Un défi de taille, que certains acteurs ont déjà commencé à relever.

A l’instar de Danone qui a pour objectif en 2020 de ne plus enfouir un seul déchet industriel, et qui travaille avec Veolia et Suez pour qu’un tiers de ses emballages PET provienne de PET recyclé d’ici 2025. «Un taux aujourd’hui inférieur à 20%» a indiqué Emmanuel Faber, le pdg du groupe. Le 2ème producteur mondial d’eau embouteillée s’est également associé à l’autre acteur mondial de l’eau embouteillée, Nestlé, pour développer de nouveaux PET et mettre sur le marché une bouteille 100% recyclable en 2020.

Quant à Veolia, qui jusqu’à présent recycle principalement du PET, le groupe a investi entre 400 et 500 millions d’euros dans la construction d’une unité industrielle de recyclage des résines PP et PEHD, matériaux peu recyclés pour le moment. Le groupe a l’intention de multiplier par cinq son activité dans ce domaine entre 2017 et 2025, à une échelle mondiale (Europe et Asie du nord).

Les acteurs réunis à ce séminaire ont néanmoins fait part de certains freins auxquels ils sont confrontés. Pour Jean-Marc Boursier, président de la Fédération Européenne des Activités de la Dépollution et de l’Environnement (FNADE et FEAD) et directeur général adjoint du groupe Suez en charge des activités Recyclage et Valorisation Europe, il n’y a pas de demande locale suffisante en Europe, ni la capacité industrielle nécessaire pour transformer ces plastiques en ressources secondaires. Il a rappelé que sur les 50 millions de tonnes de plastique consommées en Europe chaque année, seulement 6 millions de tonnes sont récupérées, dont la moitié était exportée en Chine jusqu’à sa décision en juillet dernier de stopper l’importation de matière première secondaire.

«Nous nous retrouvons face à nos propres contradictions» a expliqué J-M. Boursier. «Nous demandons aux citoyens de trier plus et mieux, sans nous préoccuper de l’existence de filières avales pérennes et rentables» a-t-il regretté. La décision chinoise implique encore plus impérativement que l’industrie plastique européenne recherche de nouveaux débouchés.

Pour y parvenir, c’est l’ensemble de la chaîne de valeur qui doit relever le défi, s’accordent à dire les intervenants. Pour y parvenir, Ils réclament notamment l’intégration de davantage de ressources secondaires (aujourd’hui les matières premières recyclées ne représentent que 5% à 7% des plastiques consommés par les plasturgistes). Pour inciter les producteurs à utiliser ces résines, plusieurs solutions ont été évoquées.

D’une part, les recycleurs demandent à l’Etat français de modifier les commandes publiques en préférant les produits intégrant des matières recyclées, et plus globalement, d’imposer par la réglementation un taux minimum de plastique recyclé dans les produits mis sur le marché. D’autre part, ils réclament des mesures d’incitations fiscales et financières. Comme, par exemple, l’instauration d’une TVA à taux réduit pour les produits qui contiennent du plastique recyclé. Mais aussi l’établissement d’un prix carbone à un niveau plus élevé (jusqu’à 50 euros par tonne de CO2), car «surenchérir le taux de la matière vierge permettrait de créer un écart de prix important» estime J-M Boursier.

S’il ne faut pas négliger la responsabilité des pouvoirs publics français, il convient de prendre en compte celle de l’Europe qui pourrait aussi favoriser un changement de cap. Notamment avec sa Stratégie plastique qui devrait être dévoilée le 16 janvier prochain. Une stratégie «ambitieuse» a indiqué Aurore Maillet, membre du cabinet du Commissaire européen de l’environnement, qui n’a pas souhaité en dire plus, mais qui a assuré que «des mesures n’ayant jamais été prises jusqu’à maintenant seront annoncées». Passeront-t-elles notamment par un plus grand nombre de process de recyclage de plastique aptes au contact alimentaire agréés par l’EFSA ?

Quoi qu’il en soit, la volonté d’engager un plan solide semble donc exister. Rendez-vous en 2018, année qui marquera peut-être un tournant dans l’économie des plastiques.

(1) Source ADEME-Le recyclage, un enjeu stratégique pour l’économie-mise à jour nov.2017 (2) Source Eco-Emballage, chiffres 2016.

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