Michel Fontaine : « Lorsque la vente en vrac revendique la juste dose, j’achète ! Lorsque le vrac propose des produits diffĂ©rents de ceux des grandes marques, produits locaux ou autres « bios », j’achète. Lorsque le vrac renvoie Ă  un circuit de vente « vintage » oĂą le conseil et l’humain reprennent un rĂ´le social, j’achète. Lorsque le vrac explique que leur mode de distribution se fait sans emballage et va sauver la planète, je crie au mensonge et je n’achète pas.

Le Conseil National de l’Emballage a dĂ©jĂ  rĂ©pondu très prĂ©cisĂ©ment Ă  l’allĂ©gation erronĂ©e et trompeuse du « sans emballage ». J’invite le lecteur Ă  tĂ©lĂ©charger gratuitement les documents correspondants sur le site du CNE www.conseil-emballage.org , mais il n’est pas inutile, je crois, d’en reprĂ©ciser certains points.

A commencer par le fait que la vente en vrac utilise bien sûr des emballages, d’abord pour amener les produits du lieu de production jusqu’à leur lieu de vente et qu’ensuite le consommateur utilise des emballages pour amener ces produits du magasin à son domicile.

Ces emballages peuvent ĂŞtre rĂ©utilisables et se parer parfois du qualificatif de « contenants «, ils n’en restent pas moins des emballages aux sens technique et rĂ©glementaire. Au-delĂ  du fait qu’il y a des emballages successifs, je ne suis mĂŞme pas certain qu’il y ait une quelconque Ă©conomie d’emballage lorsque l’on Ă©value le système complet d’emballage du produit après qu’il soit fabriquĂ© par le producteur. Il faudrait rĂ©aliser des analyses de cycle de vie complètes pour s’en assurer.

photo du 30 nov 17 en article Un autre point important est que l’emballage pèse relativement peu dans le couple « produit-emballage ». Une Ă©tude anglaise a dĂ©montrĂ© que le poids « carbone » de l’emballage est de l’ordre de 10% dans l’impact total du produit quand le produit lui-mĂŞme compte pour 51% et l’utilisation chez le consommateur intervient pour 31% (congĂ©lateur, micro-onde, four, cuisson, rĂ©frigĂ©rateur, …).

Une Ă©tude similaire rĂ©alisĂ©e en 2012 par le CGDD a confirmĂ© l’ordre de grandeur de ce chiffre en trouvant 8%. Cela signifie que vouloir agir sur le seul emballage pour amĂ©liorer un produit en terme d’environnement est illusoire. Si j’ajoute que les emballages mĂ©nagers reprĂ©sentent 4,5 millions de tonnes alors que le reste des emballages intervient pour 7,5 millions de tonnes, la partie « ciblĂ©e » par la vente en vrac, l’emballage primaire, reprĂ©sente alors seulement quelques % de l’impact environnemental d’un produit ! Est-ce Ă  dire que parce que un impact est faible il faudrait le nĂ©gliger. Bien sĂ»r que non. Il n’y a pas de petites Ă©conomies et les diminutions incessantes du poids des emballages depuis 20 ans rendent compte de l’effort rĂ©alisĂ© dans ce domaine par toute la chaine de valeur.

Le dernier argument opposĂ© par ce circuit est que l’emballage primaire actuel des produits prĂ©-emballĂ©s proposĂ©s par des marques serait superflu ! A-t-on dĂ©jĂ  vu des entreprises en 2018 mettre du superflu dans leurs produits ? Faut-il rappeler que dans le circuit de distribution dit « moderne », celui de nos hypermarchĂ©s et de nos supĂ©rettes, le produit est tout seul sur un linĂ©aire face au consommateur, il doit l’informer et lui permettre de retrouver facilement sa marque. Il doit Ă©galement continuer de conserver et protĂ©ger le contenu pendant toute sa durĂ©e de vie. Il doit enfin s’assurer que l’usage du produit chez le consommateur soit Ă  la hauteur de ce qu’il attend. Il m’arrive d’acheter des produits en vrac pour la qualitĂ© du produit proposĂ©. Il me faut alors souvent remettre chez moi ce que j’ai achetĂ© dans un emballage hermĂ©tique Ă  l’abri de l’humiditĂ© sous peine d’en perdre la qualitĂ©. Et oui, un emballage de plus pour faire le job comme on dit. Un emballage que les tenants de la vente en vrac ne comptent certainement pas !

Comme je l’ai Ă©crit dans mon livre « L’emballage, ce bel inconnu » le point commun entre la vente en vrac et la distribution moderne est que ces deux circuits de distribution utilisent tous les deux des emballages ! Des systèmes d’emballages diffĂ©rents car la stratĂ©gie d’entreprise est diffĂ©rente. La vente en vrac met plus d’argent dans ses magasins et ses stockeurs de produits que sur les produits unitaires. C’est un choix tout Ă  fait respectable. Laissons le consommateur libre de choisir. Sans lui mentir ». Michel Fontaine.

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