Derrière les résultats 2017 du secteur agroalimentaire qui conserve sa position de leader de l’industrie française, la situation des entreprises du secteur continue à se dégrader, analyse Jean-Philippe Girard, président de l’ANIA.

Si le chiffre d’affaires (CA) est en hausse de 3,9 % (vs 2016) pour s’inscrire à 180 milliards d’euros, cette augmentation a été fortement alimentée par la hausse des matières premières alimentaires (+12%) et plus positivement par une dynamique à l’export redevenue favorable.

Mais la rĂ©alitĂ© Ă©conomique et financière globale se dĂ©tĂ©riore, notamment au regard du reste de l’industrie, a soulignĂ© le prĂ©sident de l’Ania. En cause : la grande distribution qui se livre une guerre des prix sans merci. Une destruction de valeur qui reprĂ©sente une perte de près de 4 Md€ pour la filière alimentaire depuis 2014.

Et cette année n’a pas fait figure d’exception, malgré les EGA-Etats Généraux de l’Alimentation, la signature d’une charte en novembre par tous les acteurs, et la poursuite des promotions qui a continué d’affaiblir dangereusement la situation financière des entreprises alimentaires et des agriculteurs, a dénoncé JP Girard. 2017 a enregistré une forte baisse du taux de marge des entreprises alimentaires (- 6 points en 10 ans) pour atteindre son plus bas niveau depuis 40 ans, et une production qui continue de reculer (-0,4% après -1,3% en 2016 vs +2,2 % dans le reste de l’industrie). En parallèle, les prix des produits de grande consommation alimentaire ont continué de reculer, pour une baisse totale de près de 4 points entre 2014 et 2017.

Selon le prĂ©sident de l’Ania, les perspectives 2018 ne sont pas encourageantes, au regard des nĂ©gociations commerciales. En effet, 90% des entreprises du secteur consultĂ©es avaient besoin d’une hausse de tarif afin de conduire leur stratĂ©gie commerciale : 47% ont finalement signĂ© en dĂ©flation et 37% ont obtenu une modeste hausse de tarif.

Aussi dans le prolongement des discussions des EGA, les entreprises alimentaires espèrent que le projet de loi actuellement en discussion au Parlement (loi attendue pour avant l’été) permettra effectivement de rééquilibrer les marges sur l’ensemble des produits alimentaires. Mais la nouvelle loi n’aura d’effets positifs, a averti JP Girard, que si elle s’accompagne d’un renforcement des contrôles et l’instauration de sanctions dissuasives. Car aujourd’hui les amendes prononcées à l’égard des distributeurs sont très faibles au regard du CA.

« Il nous faut une loi qui rĂ©Ă©quilibre le rapport de force entre 17 647 entreprises, 500 000 exploitations agricoles, et seulement 4 centrales d’achats de la grande distribution qui dĂ©tiennent 92% du marché» demande le prĂ©sident de l’Ania.

Reste toutefois une bonne nouvelle : l’export qui reste une opportunitĂ© majeure pour les entreprises. Il reprĂ©sente 21% de leur CA, pour un excĂ©dent commercial de 7,6 milliards d’euros (+4 % vs 2016). La France rĂ©ussit ainsi Ă  se maintenir en 4ème exportateur mondial derrière les Etats-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas. Il existe nĂ©anmoins une forte marge de progression quand on observe que cette dynamique n’est portĂ©e que par 20% des entreprises (contre 80% en Allemagne).

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