Des monomatières performantes pour les sachets souples
publié le samedi 28 février 2026
Abonnez-vous à la revue pour lire la suite de l'article
s'abonner
Le développement des emballages flexibles associe praticité et durabilité. Les industriels tendent à convertir certains emballages rigides ou multi-matières en des sachets souples en 100% PE – ou en PP, en vue de la future filière de recyclage. Quant au papier, il convient bien à certaines applications mais doit encore évoluer.
Le développement des emballages alimentaires flexibles est influencé par l’évolution des attentes des consommateurs en matière de transparence, de praticité et de durabilité. «Portant une plus grande attention à la façon dont les produits alimentaires sont transformés, ils sont sensibles à la transparence et à la simplicité. Ces attentes se reflètent clairement dans le design des emballages, avec des esthétiques plus minimalistes, des fenêtres transparentes et des finitions mattes utilisées pour évoquer l’authenticité, la naturalité et un caractère artisanal», constate Francesco Pelliccia, responsable marketing des segments snacks, noix, produits frais et boulangerie pour Amcor. Un mode de consommation nomade met l’accent sur la notion de praticité : «les consommateurs recherchent des solutions d’emballage offrant un contrôle des portions et une facilité d’utilisation dans l’ouverture du sachet ou sa manipulation. Les formats plus petits et les emballages de type «pillow bags» (sachets coussins) gagnent en popularité», ajoute-t-il.
Un transfert s’opère des emballages rigides aux flexibles. «Les recharges en sachets sont plus visibles sur le marché, et des bonus sont mis en place pour les écorecharges. Le coût des écocontributions du plastique ne fait qu’augmenter : logiquement, la volonté est de réduire les quantités utilisées. Par exemple la viande hachée, traditionnellement en barquette, est désormais disponible en sachet souple ou thermoformé. On voit en parallèle des évolutions dans la façon d’emballer le produit», remarque Eric Valette, directeur Innovation BU Flexibles de Coveris. La demande pour les sachets simples et fins en monomatière PE ou PP pour la boulangerie ou les fruits et légumes est également en hausse. Coveris a d’ailleurs augmenté les capacités de production de son usine en Grande-Bretagne. Chez Brodart Packaging, on constate également le transfert des boites en métal ou en carton vers des sachets souples. «Le marché des graines salées par exemple – céréales, semoule, etc. – augmente et les clients choisissent des sachets zippés. Des acteurs qui émergent en B to C, avec des produits comme des compléments alimentaires, s’orientent vers des sachets «stand up»», indique
Benoit Charpentier, directeur de l’usine Brodart de Breger Centre. Les sachets souples sont également de plus en plus choisis pour des purées – fruits, patates douces et autres – ou même de la choucroute ! L’emballage souple permet en effet d’obtenir des formes et dimensions personnalisées, tout en étant associé à des zips, des becs verseurs, des bouchons qui apportent dosage, praticité, et améliorent le taux de restitution. Dans son usine près de Sens, Brodart Packaging s’est doté de deux machines supplémentaires pour la pose de bouchons, adaptées aux mono-matériaux. Plus longues, elles sont équipées de plus de fers de scellage afin de moins solliciter la thermo-résistance du film.
Des solutions monomatières et performantes
Bien évidemment, les tendances sur ce secteur sont aussi guidées par la recyclabilité, en vue de la mise en œuvre de la directive PPWR en 2030 en Europe. En Grande-Bretagne, ce sont les leaders de la distribution qui donnent la direction. Ils sont guidés par la méthode RAM, qui sert à évaluer dans quelle mesure un emballage ménager est réellement recyclable dans les infrastructures de recyclage existantes. Cela sert de base au calcul des écocontributions. En parallèle, la durée de conservation demeure un critère essentiel. L’emballage doit protéger efficacement la fraîcheur, la texture et la qualité du produit. «À l’heure actuelle, le marché des fruits secs et à coque est encore largement dominé par des structures d’emballage qui ne sont pas prêtes au recyclage. Cela s’explique principalement par la complexité de l’application. De nombreux produits sont conditionnés sous atmosphère protectrice et nécessitent des barrières moyennes à élevées contre l’oxygène et l’humidité. La grande diversité des différents types de fruits secs et à coque rend difficile le développement d’une seule structure capable de répondre à l’ensemble des besoins en matière de performance», souligne Francesco Pelliccia. Amcor a donc spécifiquement développé la plateforme AmPrima® Plus for Nuts proposant des solutions mono-matériaux en PP et PE, prêtes au recyclage, adaptées aux fruits secs et à coque.
Toujours beaucoup de R&D sur le PE
Le PE – qui reste la résine majoritaire sur les sachets car son circuit de recyclage est bien installé – concentre encore beaucoup d’investissements et de recherches. «C’est le premier matériau privilégié pour une conversion d’emballage. Pour remplacer les complexes de type PA-PE ou PET-PE, il est aujourd’hui possible d’utiliser une couche externe rigide uniquement en PE grâce à des technologies permettant d’obtenir du PE bi-orienté ou MDO – une orientation post-extrusion en ligne qui apporte de la rigidité. La couche interne reste, elle, en PE – comme c’était déjà le cas sur les complexes. Les barrières évoluent aussi avec l’EVOH, les enductions, les métallisations… Mais pour l’instant les capacités restent réduites car ces nouvelles technologies nécessitent investissements et R&D», remarque Eric Valette. Depuis quelques années, le marché de l’emballage souple s’oriente donc vers des matières recyclables. «Nous nous positionnons sur des matières bénéficiant de filières de recyclage déjà en place, comme le papier ou le PE. Ce matériau vient remplacer le complexe PET-PE, qui était le plus utilisé sur le marché. De nombreux produits peuvent être conditionnés en sachets 100% PE : biscuits, confiseries, chocolats, etc. Il est nécessaire de trouver de bonnes qualités de PE, un matériau plus difficile à travailler qu’un film complexé», précise Gregory Paccou, responsable commercial de Malengé. La société a été rachetée en 2023 par le groupe Sodeprint. «Nous poursuivons le développement de Malengé et venons d’investir dans une ligne de façonnage pour produire des sachets de type doypack en 100% PE», ajoute Stéphane François, président du groupe. Par ailleurs, Malengé réalise des tests sur des sachets en PP, en attendant que cette future filière soit concrètement opérationnelle.
Des sachets en PP en vue de la future filière de recyclage
Le PP est, lui, privilégié quand le PE atteint sa limite. « Par exemple pour des sachets à destination du fromage, le parc existant chez les clients est majoritairement basé sur une technologie ancienne, sur laquelle il est difficile d’utiliser du PE – qui par ailleurs est compatible avec les nouvelles machines. On note aussi une volonté de remplacer l’aluminium par des solutions en PP», indique Eric Valette. Coveris propose des gammes mono-matériaux en PE et PP. Les investissements actuels du groupe portent notamment sur le thermoformage du PP pour des sachets souples à destination des fromages, viandes ou de la boulangerie. Son site allemand a bénéficié d’un investissement important pour l’installation d’une nouvelle ligne d’extrusion cast (film coulé) et de nouvelles capacités d’impression. De son côté, Brodart Packaging a développé la gamme Elan® en mono-matériau PE et PP. «Nous rencontrons une forte demande pour des sachets en PP car Citeo a annoncé le lancement d’une filière de recyclage sous peu. Le PP offre différents avantages par rapport au PE : un panel de barrières plus important allant des films transparents à des films métallisés, plus de souplesse pour le travailler, plus de résistance à la chaleur… Un sachet en 100% PPsupporte des traitements thermiques comme la stérilisation ou la pasteurisation. Cela ouvre la voie à de nouvelles applications qui auparavant nécessitaient un complexe plastique-aluminium», souligne Benoit Charpentier. Pour leurs sachets, «les clients attendent aujourd’hui une alternative recyclable et locale, avec des fournisseurs au plus de prés de chez eux – au moins en France. Certains se fournissaient auparavant en Asie, mais on remarque un besoin d’accompagnement pour la recyclabilité ou pour développer un nouvel emballage. Le sachet
souple est complexe. Une micro-fuite n’est pas envisageable», rappelle Benoit Charpentier.
Le papier, pour certaines applications
En parallèle, les solutions en papier évoluent également, mais la transition est plus lente. En effet, répondre à des demandes de résistance ou de barrières sur du papier est plus complexe et le résultat coûteux. Toutefois «il y a une grande demande sur la confiserie, car ces produits sont souvent emballés de façon individuelle puis mis dans un sachet. Le conditionnement d’autres produits serait envisageable, comme certains fromages. Mais pour l’instant, le marché s’oriente sur du plastique imitant le papier, avec des effets mats ou un toucher papier», remarque Eric Valette. Coveris compte des gammes de sachets en 100% papier ou complexés papier-plastique. «Nous avons beaucoup investi dans le renouvèlement du parc machine pour les sacs en papier afin de suivre la demande pour du 100% papier – dont la fabrication est plus exigeante que celle d’un papier complexé», ajoute-t-il. La société Malengé propose également une gamme de sachets en 100% papier, en papier-PE ou revêtu d’un coating spécifique. «Le sachet en papier reste apprécié pour certains produits secs. Nous réduisons le poids de cet emballage sur de gros marchés en diminuant la part plastique. Nos gammes contiennent 80% de papier et 20% de plastique, et nous tentons d’atteindre 90% de papier – notamment en travaillant sur un coating. Nous devons bien sûr atteindre le même niveau de performance et de barrière», remarque Grégory Paccou. Pour une alternative aux flowpacks en OPP, le groupe Adapa a lancé en 2025 la solution PaperFlow P-type, qui combine une couche de BOPP et du papier. «Il y a eu une forte demande pour des sachets en papier autour de 2021-2022, mais moins aujourd’hui, notamment pour les grandes séries. Les barrières et la résistance mécanique de ce matériau restent insuffisantes pour certaines applications», note Benoit Charpentier. Brodart Packaging compte des gammes en papier, comme Elan® Pap et Natus via son site e-commerce, en extérieur papier kraft et intérieur film plastique ou d’origine végétale. «Nous projetons d’enrichir ces gammes pour accélérer les ventes en lignes à destination de petits clients dans l’agroalimentaire. Il n’est pas évident pour des marques de se positionner sur du papier complexé car il est fort probable que les critères de recyclablité évoluent», ajoute-t-il.
Des investissements dans l’impression
Les investissements dans les lignes d’impression se poursuivent chez les fournisseurs. Brodart Packaging a investi 7 millions d’euros dans un nouveau bâtiment et une machine flexographie 10 couleurs afin de proposer plus de petites séries et des emballages sans solvants. Le groupe Adapa s’est équipé de deux nouvelles presses d’impression (flexo et hélio) afin d’assurer une impression de haute qualité jusqu’à 9 couleurs, des options d’impression en surface et en contre-impression, une inspection visuelle à 100% sur toute la largeur, ainsi que l’application de vernis ou de revêtements spéciaux – y compris sur des substrats papier. Quant à Malengé, la société propose uniquement de l’impression offset à destination de différents secteurs – dont l’agro-alimentaire – une offre peu commune sur le segment du sachet souple. Selon Stéphane François, l’offset permet de traiter des moyennes et grandes séries, de gérer des références multiples – tout en ayant un coût de mise en œuvre moins important que sur d’autres technologies d’impression.