Que deviennent les emballagescompostables et résidus microplastiques dans le sol ?
publié le lundi 31 août 2026
C’est à cette question que s’est attelée à répondre la Chaire CoPack lors de récents travaux dont les résultats ont été partagés lors d’une conférence de presse cet été, intitulée « Biodéchets et emballages compostables : vers une circularité conjointe des aliments et des emballages ».
Créée en 2021 sous l’égide de la Fondation AgroParisTech, la Chaire CoPack rassemble des chercheurs d’AgroParisTech, d’INRAE et de l’Université de Montpellier autour d’une ambition commune : produire des connaissances scientifiques permettant de réduire l’impact environnemental des emballages alimentaires tout au long de leur cycle de vie. Lors de cette conférence, Emmanuelle Gastaldi, Maître de conférences, Université de Montpellier a partagé les études menées par le groupement de scientifiques.

Afin d’évaluer les performances réelles des emballages compostables (dans cette étude, PLA, PBAT et PHBV) dans les filières de traitement des biodéchets, des expérimentations ont été conduites sur des plateformes industrielles de compostage afin de suivre le devenir de 323 kg d’emballages certifiés compostables intégrés à 20 tonnes de biodéchets. Les résultats montrent que ces emballages peuvent être traités conjointement avec les biodéchets sans perturber le fonctionnement des installations. Leur désintégration et leur biodégradation (98% pour le PLA, 93% pour le PBAT) sont conformes aux exigences de la norme NF EN 13432. Les résultats sont moins probants pour le PHBV – que l’on retrouve dans les capsules de café – dont la biodégradation n’atteint que 50% en raison très certainement de leur forme et épaisseur, explique la directrice de recherche.
Les composts obtenus respectent les exigences réglementaires (norme NF U 44-051) applicables aux amendements organiques ainsi que le référentiel de l’agriculture biologique (AB). Les analyses d’écotoxicologie et phytotoxicologie n’ont mis en évidence aucun effet négatif sur les organismes testés. Ces résultats confirment la possibilité de valoriser conjointement biodéchets et emballages compostables sans compromettre la qualité du compost.
L’une des principales interrogations soulevées par les déchets d’emballages alimentaires compostables concerne la formation potentielle de microplastiques lors de leur traitement et le devenir des éventuels résidus après retour au sol. Afin d’évaluer ce risque, une approche méthodologique innovante a été développée pour détecter et quantifier ces particules dans les composts industriels, puis suivre leur biodégradation dans les sols. Les résultats montrent que les emballages testés se biodégradent presque totalement en compostage industriel. Même lorsque de petits fragments résiduels subsistent après traitement, ceux-ci continuent à se biodégrader progressivement dans les sols sous l’action des micro-organismes. Après deux ans, plus de 90% du carbone contenu dans ces résidus avait été minéralisé, conformément aux exigences de la norme NF EN 17033 relative à la biodégradation dans le sol.
Ces travaux apportent des données inédites sur le devenir réel des éventuels résidus issus des emballages compostables, depuis leur formation potentielle lors du compostage jusqu’à leur biodégradation dans les sols. Le traitement conjoint des biodéchets et des emballages compostables constitue une solution techniquement réalisable et pertinente sur le plan environnemental lorsqu’elle est mise en œuvre dans des filières adaptées. Les analyses environnementales montrent notamment que le compostage industriel de ces emballages présente des bénéfices environnementaux par rapport aux scénarios d’incinération ou d’enfouissement (Bioresource Technology, 2023). Au-delà de la réduction des déchets, cette approche ouvre la voie à une circularité conjointe des aliments et des emballages en facilitant la collecte et la valorisation de ressources organiques encore insuffisamment exploitées. Dans certains usages, les emballages certifiés compostables peuvent ainsi contribuer à simplifier la gestion des biodéchets et à améliorer la qualité des flux organiques collectés. Pour les chercheurs de la Chaire CoPack, ces tests sont à réitérer pour confirmer la reproductibilité des résultats à plus grande échelle.
Car sur le terrain, la France reste à la traine. Depuis le 1er janvier 2024, les collectivités territoriales ont pour obligation de proposer aux citoyens une solution de tri à la source des biodéchets. En 2025, environ la moitié de la population française bénéficiait d’un dispositif de collecte proposé par sa collectivité. Seulement, sur les 10 MT de tonnes de biodéchets produits chaque année, 10% est réellement capté et valorisé en biogaz ou compost, le reste finit enfoui ou incinéré. Des résultats médiocres face à l’Italie (72%), la Norvège (56%) ou le Danemark (49%) où le taux de capture est largement supérieur. «L’Italie est particulièrement en avance car ils ont commencé à se pencher sur la question des biodéchets il y a plus de 20 ans, avec un système d’amendes persuasif et efficace. Les résultats sont là : le taux de collecte atteint 60 kg/an/habitant. (…) Les sacs distribués sont d’ailleurs tous compostables depuis 2012, ce qui évite toute pollution des flux par la présence de sacs en PE comme cela peut être le cas en France», constate Christophe Doukhi De Boissoudy, président de l’Association française des compostables biosourcés (AFCB).