Texte AlternatifPour pénétrer sur Brightlands Chemelot de Geleen aux Pays-Bas, il faut montrer patte blanche. Se plier aux règles de sécurité et accepter d’être accompagné par une voiture de sécurité tout au long de la visite. Car le site n’accueille pas seulement la nouvelle entité de recyclage chimique du groupe Sabic mais tout un microcosme industriel stratégique, réunissant 107 sociétés dont des grands noms de la chimie et du biomédical (Lonza, BASF, DSM, Bayer Healthcare, Sappi, etc.) ainsi qu’un campus universitaire de plus de 1000 étudiants. Au sein de cette plateforme d’excellence, Sabic – le plus gros employeur du site – y a installé depuis plusieurs décennies deux de ses vapocraqueurs alimentés en naphta, des unités pilotes de régénération de PEBD, PEHD et PP ainsi que ses laboratoires de recherche. En complément, la joint-venture SPEAR (Sabic Plastic Energy Advanced Recycling BV) constituée à 50/50 avec le groupe Plastic Energy a lancé la construction d’une unité de pointe dans la production de polymères circulaires certifiés, partie intégrante du portefeuille Trucircle™ de chimiste, commercialisés depuis 2019. Soutenu par une subvention du ministère néerlandais des affaires économiques, l’investissement – dont le montant reste non communiqué* – s’inscrit dans un programme d’économie circulaire. «Le recyclage chimique est, par essence, une voie complémentaire au recyclage mécanique. Il permet de traiter les plastiques de mauvaise qualité, souillés ou mal triés, et donc non recyclés, qui finissent en temps normal incinérés», explique Thomas Granier, responsable commercial de Sabic France.

Un projet en faveur de polymères circulaires
Texte AlternatifImplantée sur le site de Chemelot qui s’étend sur 800 hectares, l’usine, qui sera opérationnelle au second semestre 2022, aura une capacité de traitement de 20 000 tonnes de déchets plastique par an. A partir de ces entrants sourcés localement, une montée en température comprise entre 450 et 600°C dans un milieu dépourvu d’oxygène permet de casser les polymères présents afin d’obtenir une huile de pyrolyse colorée. Purifiée, ce tacoil – composé d’un mélange de monomères – sera à nouveau polymérisé pour obtenir du propylène et de l’éthylène. Fabriquée avec un taux de rendement de 60 à 80%, l’huile de pyrolyse viendra alimenter l’un des vapocraqueurs de Sabic à Geleen d’une capacité de production annuelle de 675 kT. «D’ici la fin de l’année, l’huile de pyrolyse sera ajoutée à hauteur de 2% à une portion minime en bionaphta renouvelable, issu des huiles de cuisson, pour compléter les ressources classiquement utilisées en naphta fossile», annonce Marc Jamin, directeur des affaires publiques de Sabic Europe. Par une approche «Mass Balance», les polymères PE et PP ainsi synthétisés à partir de ce flux entrant seront certifiés circulaires pour leurs utilisateurs. La demande est telle que le chimiste estime qu’il faudra multiplier les capacités de traitement par dix pour anticiper les futurs besoins de la filière packaging. Sabic ne cache pas déjà réfléchir à la construction de futures unités de recyclage avancé, la surface de Chemelot le lui permettant aisément. Selon Plastics Europe, la capacité de traitement du recyclage chimique estimé à 1,2 MT de déchets plastiques en 2025 devrait atteindre en 2030 les 3,4 MT, «un niveau qui commence à être significatif face aux 4 à 5 MT de plastiques recyclés obtenus par recyclage mécanique», commente Hervé Millet, directeur climat et production de l’association Plastics Europe.

Extrait de la revue n° 667 - Avril 2022. Reproduction interdite sauf accord écrit d'Emballage Digest ou mention du support