Capots de parfum : le matériau, langage du luxe
publié le lundi 31 août 2026
Abonnez-vous à la revue pour lire la suite de l'article
s'abonner
Le capot de parfum s’affirme aujourd’hui comme un véritable vecteur d’identité de marque. Bois, aluminium, zamak, résines, verre ou matériaux minéraux : les fabricants multiplient les pistes pour conjuguer qualité tactile, différenciation visuelle et exigences de recyclabilité imposées par la réglementation PPWR. Un exercice complexe.
Le capot de parfum est désormais partie intégrante de l’expérience consommateur et de l’identité des marques. Celles-ci recherchent des matériaux dotés d’une dimension sensorielle. Les marques indépendantes misent sur un design différenciant, et apprécient un capot «lourd». Mais la catégorie luxe évolue et de nombreux matériaux et finitions composent les capots actuels. «Le marché du parfum s’oriente dans deux directions, avec des codes premium sobres et épurés d’un côté, et des finitions plus expressives et décoratives de l’autre. Dans les deux cas, le capot est de plus en plus perçu comme faisant partie de l’expérience produit, et non plus comme une simple fermeture technique. Les marques recherchent des composants qui allient précision d’ajustement, qualité tactile, différenciation visuelle et une utilisation plus responsable des matériaux», remarque Eva Dall’Armellina, directrice marketing du groupe Tapi. «Le bois est pertinent pour son aspect naturel et sa chaleur tactile. L’aluminium suscite un intérêt croissant lorsque les marques recherchent un effet premium plus léger et contemporain. La résine et les matériaux synthétiques offrent eux une grande liberté de couleurs et des formes plus douces, tandis que le zamak est toujours utilisé lorsqu’un poids et une perception métallique haut de gamme sont recherchés. Les finitions céramiques et d’aspect minéral répondent également à la demande d’esthétiques plus sensorielles et artisanales», résume-t-elle. Le groupe a lancé la collection Beauty on Top, des capots composés de différentes matières – bois, laiton, résine…
En tant que distributeur et fabricant, Coverpla dispose d’une soixantaine de capots standards dans son catalogue, et peut aussi concevoir et fabriquer des capots sur-mesure. La société a ainsi une vision globale des tendances «matières» sur le segment du capot de parfum. «Le bouchage en injection surlyn reste une valeur sûre existante. Rien ne remplace cette matière niveau transparence, elle est décorable et recyclable dans la filière PE-PP. Le bois gagne du terrain: il est vu comme vertueux par les consommateurs – même si souvent on y trouve un insert en plastique. Il existe différentes solutions alternatives permettant de répondre à la norme PPWR : allègement du poids de l’insert, utilisation de matières recyclées, insert liège… L’aluminium intéresse les marques pour des capots mono-matériaux. En cas d’insert en plastique, si celui-ci totalise moins de 5% du packaging total, la recyclabilité de l’aluminium n’est pas compromise. Pour des marchés de niche, le zamak plait aux marques – et il est recyclable et recyclé. Le capot en verre refait son apparition : ce matériau reste une référence culturelle en Europe, où il participait à la gestuelle du parfumage», rappelle Benoît Rossi, directeur des opérations de Coverpla. Son coût reste un frein : les capots en verre pressé, par exemple, sont surtout destinés à des éditions limitées ultra premium. Frédéric Montali, responsable développement packaging de Coverpla, constate par ailleurs des demandes pour des matériaux confidentiels : «sur le marché de niche, l’aspect prestigieux prime, le minimalisme n’est pas de mise. Les matériaux minéraux, comme la pierre, le granit, sont appréciés pour leur aspect visuel et sensoriel. Les pierres sont travaillées à l’unité, en semi-automatique ou en manuel. Les résines polyester moulées ou usinéessont également attractives : elles permettent divers effets et un panel de couleurs illimité – mais aussi des formes audacieuses sans la limite de poids induite par le zamak», complète-t-il.
L’aluminium, pour des capots légers et mono-matériaux
L’aluminium, recyclable, intéresse entre autres pour sa compatibilité avec la règlementation PPWR. «Les grandes marques recherchent de l’aluminium bas carbone. Nous avons créé une boucle fermée de recyclage de nos chutes d’aluminium et réutilisons ainsi dans un tiers de notre production un aluminium de grade luxe, sur la base d’un bilan de masse. Cela permet de réduire les émissions de CO2 jusqu’à 85% par rapport à de l’aluminium vierge, en passant de 9,4 tonnes de CO2 par tonne d’aluminium produite à 1,2 tonne de CO2. Quant à l’acier, il a des atouts mais reste trop cher», explique Patrick Bousquel, directeur commercial et marketing de Tesem. Ce matériau est compatible avec différents designs. «Les formes sphériques sont de plus en plus standardisées, mais notre best-seller reste le cylindre», ajoute-t-il. Coté décoration, la gravure mécanique (pour réaliser un poinçon par exemple), est très appréciée – tout comme le laser, dont la gravure est fine, moins profonde, avec peu d’investissements. Par ailleurs, « nous travaillons sur des capots intégrant de la couleur : de l’aluminium laqué jaune, orange, bleu, des couleurs métalliques…», dit-il. Certaines marques retirent le lest en acier pour le remplacer par de l’aluminium. Le poids est alors plus léger, mais c’est mieux pour le recyclage. Quant à l’insert, «les plus audacieux retirent celui en plastique pour mettre de l’aluminium, ou déposent des grains de résine dans le capot en aluminium avec notre solution Dots, ce qui permet d’obtenir le fameux «clic» à la fermeture», précise Patrick Bousquel.
Le zamak, poids et luxe
Concernant la règlementation PPWR, «les marques attendent des précisions quant à l’utilisation du zamak. Certaines continuent de choisir ce matériau pour leurs capots, d’autres demandent des briefs sur toutes les techniques possibles avec de l’aluminium et du zamak – brillant ou pas, recyclé ou pas, limites et atouts techniques… le but étant de voir lesquelles affichent le plus de critères positifs», constate Claire Trescartes, directrice exécutive du groupe Segede. Il en ressort que le zamak injecté coche le plus de cases : «pour des volumes importants, le zamak reste la solution efficace et la moins carbonée, avec des possibilités diverses de traitements de surface et de la brillance. L’aluminium nécessite plus de polissage, sa frappe à froid est principalement réalisée en Chine et l’aluminium embouti ne pourra pas contenir un taux élevé de matière recyclée. Mais il n’y a pas de concurrence entre les métaux : le choix dépend surtout du produit final», détaille-t-elle. Elle remarque une résurgence de l’aluminium usiné : la matière est alors creusée pour obtenir la forme du capot. Reste des problématiques de coût et de cadence. Depuis 2025, les capots fabriqués en France par Segede contiennent 90% de matière recyclée – et ceux fabriqués dans son usine en Chine, 30%. Le zamak recyclé utilisé par Segede, qui a œuvré à la reconnaissance de sa recyclabilité, provient d’une entreprise belge produisant des lingots à partir de la mine urbaine (zamak contenu dans des serrures, robinets, capots, etc.). Coté décoration, la majorité des marques du luxe demandent un rendu brillant. «On assiste cependant à un phénomène intéressant, avec des demandes pour de l’imitation marbre. Au lieu d’injecter parfaitement le zamak, nous réalisons le process avec des défauts volontaires pour obtenir des aspérités, puis nous terminons par un traitement de surface. Le métal est associé à l’argent ou au doré, mais il est possible d’obtenir des aspects velours, mats… la couche de traitement de surface étant de toute façon retirée lors de l’étape du recyclage», assure Claire Trescartes. Au niveau européen, Segede travaille actuellement sur le développement de vernis cataphorèse (déposé par un procédé d’électrolyse) en couleur or. Le but : obtenir une teinte or… sans payer le prix de l’or ! Les demandes sur le zamak perdurent aussi car il n’est pas nécessaire de lester ce matériau. Chez Segede, «nous refusons de lester, pour éviter de multiplier les processus sur un capot. Si un client souhaite du poids dans son brief, nous proposons alors le capot en zamak», assume la dirigeante.
Les résines : selon le plastique, son grade, sa qualité, des résultats très différents
L’attrait des marques pour l’aspect cristallin du surlyn ne se dément pas. Autres atouts : «les épaisseurs de cette matière, très versatile, se travaillent bien et elle a un bon rapport qualité perçue-prix. Nous avons encore de nombreux projets», relève Patrick Bousquel. Le surlyn bio-circulaire semble avoir la côte. Quant au surlyn recyclé, il existe mais est peu utilisé – sans doute pour une question de disponibilité. Il est par ailleurs possible de fabriquer des capots en PET, une matière moins chère que le surlyn mais plus complexe à maitriser au niveau des moules. «Aujourd’hui les aspects règlementaires régissent les projets de nos clients. Des incertitudes perdurent au niveau de la PPWR, ils font donc des choix orientés : soit ils optent pour des matières recyclables comme le PP ou le PET, en sachant qu’ils n’auront pas toutes les possibilités de design de capot – soit ils misent sur le fait que le flacon sera recyclé, mais pas le capot», constate Béryl Tomaschett, directrice commerciale de FaiveleyTech, qui fabrique et assemble des capots en injection plastique. Le groupe utilise différents grades de PP : «la suppression de l’ABS pose des difficultés techniques. Nous le remplaçons par des composants à base de PP, mais c’est moins esthétique. Nous travaillons également sur du PP ou du PET recyclés, mais c’est compliqué en termes d’approvisionnement ou de grade alimentaire pour le PP», ajoute-t-elle. Pour les flacons de parfums, les capots restent majoritairement non recyclables. «Les capots en matière recyclée ou biosourcée représentent 20% de notre consommation de matières. Nous travaillons depuis plusieurs années sur les bioplastiques afin de réduire la part de matière d’origine fossile. Nous proposons par exemple une référence de capot en PA partiellement biosourcé. Nous utilisons par ailleurs les matériaux de la société Sulapac : la coiffe des eaux de parfum Byredo est fabriquée en
Luxe Flex, ce qui lui confère un aspect bois. En 2025, nous avons beaucoup développé les effets marbrés en injection bi-matière, sur une base de PP ou de Sulapac biosourcé. L’effet est obtenu grâce au procédé d’injection», détaille-t-elle. Pour l’assemblage du capot sur la pompe, l’insert reste un élément nécessaire, assurant tenue et gestuelle. Quant aux lests, «on nous en demande encore beaucoup en acier, surtout s’il est caché, ou en zamak», note Béryl Tomaschett. «Le lest reste un marqueur sur le marché du haut de gamme, et à ce jour il existe peu de solution pour remplacer un lest en métal. Nous faisons des essais sur du PP chargé en matière minérale ou métallique», révèle Frédéric Montali. Pour le surlyn, Coverpla a trouvé une solution mono-matériau qui ne nécessite pas d’insert.
Le bois, l’atout nature
Les capots en bois sont de plus en plus sophistiqués. «Le progrès technologique l’a transformé d’une option naturelle et décorative en un matériau de haute précision, capable de répondre aux exigences des packagings de parfums de luxe. Le bois reste populaire pour les capots de parfum sur tous les segments, du masstige au prestige : il apporte authenticité, toucher et un lien émotionnel fort avec l’utilisateur», estime Denisa Stircea, spécialiste de cette catégorie de produits pour Quadpack. Le groupe a mis au point le système de fermeture Woodacity®, une plateforme proposant des produits fabriqués à 100% en bois, ainsi que 60 finitions pour ce matériau. En collaboration avec la marque Adolfo Domínguez (Puig), Quadpack a développé pour la gamme de parfums ADN un
capot en bois entièrement démontable, dans le but de favoriser la séparation des matériaux. «Pendant longtemps, les capots de parfum en bois ont nécessité un insert en plastique pour être fixés à la bague. Woodacity® a éliminé ce besoin : son système breveté à nervures intègre cette fonctionnalité directement dans le bois lui-même», précise-t-elle. Chez Coverpla, on privilégie les inserts en liège insérés dans les capots en bois. Quel que soit les matériaux utilisés, les fabricants de capots ne négligent aucun détail.