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Du déchet métallique au zamak recyclé : REAZN mise sur un modèle en boucle fermée

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publié le lundi 31 août 2026

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Le groupe luxembourgeois REAZN, spécialiste des alliages de zinc, est devenu l’un des leaders de la valorisation des déchets métalliques européens. Grâce à un investissement de longue haleine tant sur le plan industriel que technique, le recycleur propose du zamak contenant 93% de matière recyclée, tout droit sorti des fours de son site belge. Une offre particulièrement séduisante à l’heure où la filière cosmétique/parfumerie doit se conformer au règlement PPWR, qui impose la recyclabilité des matériaux, et leur capacité à être recyclés à grande échelle sans perte de qualité.

Au cœur de l’usine belge de Kruisem, l’effervescence ne retombe jamais. C’est un ballet continu de camionsqui vient alimenter les fours du recycleur de zamac REAZN (150 personnes pour un CA de 285 M€ en 2025). Les déchets métalliques de tout type (automobile, fils électriques, zips et fermetures, objets de décoration, pièces d’emballages, poignées, etc.) et venant de toute l’Europe sont triés, broyés et fondus au cœur des cinq fours de préparation tournant 7 jours / 7 à 450°C et deux fours de maintien et de finition avec chacun 170 tonnes de capacité. Ce sont ainsi 67 000 tonnes de zinc qui sont recyclées chaque année par le groupe. Si l’outil industriel de REAZN, largement rodé, affiche une capacité de production maximale de 120 000 tonnes – 100 000 tonnes pour le site belge et 20 000 pour l’usine sœur à Cannock au Royaume-Uni, celui-ci n’a pas atteint son plein régime : en 2025, le recycleur a produit 85 000 tonnes d’alliages de zinc sous forme de lingots ou de blocs jumbo. Ces derniers – à destination de la fonderie ou de la galvanisation – trouvent leur place dans un large éventail d’applications : automobile, serrurerie, robinetterie, équipements électriques, décoration, accessoires de luxe ou encore biens de consommation. «Afin d’accompagner la croissance de notre outil de recyclage, nous avons investi 44 millions d’euros au cours des cinq dernières années, notamment dans les équipements destinés au traitement des déchets en fin de vie», explique Claude Bever, co-pdg du groupe REAZN. Fort de ce parc industriel, le groupe traite aujourd’hui près de 80% du tonnage de zamak en circulation, selon ses estimations. Il n’est toutefois pas seul sur ce marché : d’autres affineurs, comme le français Genlis Métal ou l’italien S. Erasmo Zinkal, développent également leurs propres solutions de recyclage du zinc et du zamak.

Des flux de zamak hautement caractérisés
De l’entrée du déchet à la sortie des lingots de zamak, l’ensemble des étapes du procédé industriel entièrement automatisé a été breveté par REAZN. «Afin de garantir un recyclage en boucle fermée, nous avons dédié un espace aux flux PCR avec des lignes spécifiques pour traiter les déchets reçus de broyeurs ou d’affineurs d’aluminium», explique Jean Gouverneyre, co-pdg de REAZN.
À leur arrivée, les déchetssont nettoyés afin d’éliminer les traitements de surface et les peintures, puis broyés. Le broyat est ensuite tamisé en fonction de sa granulométrie. Les métaux sont ensuite séparés. Les ferreux sont extraits par aimantation, les non-ferreux récupérés grâce aux courants de Foucault, puis séparés entre eux. Selon les flux, REAZN s’appuie également sur des technologies de caractérisation comme la LIBS et la fluorescence X. Tandis que le zinc et le zamak sont orientés vers le procédé d’affinage, l’aluminium et le cuivre récupérés sont réintroduits dans le process. L’installation d’une nouvelle unité de filtration en 2022a permis de réduire les émissions de poussière. Ainsi, rien ne se perd : les résidus fins de zinc présents dans ces fumées sont revendus à l’industrie de la chimie, qui les valorise sous forme d’oxydes de zinc par exemple. Un projet de récupération du carbone contenu dans les fumées est également à l’étude. L’objectif serait de transformer certains rejets de fumées en carbone liquide de qualité alimentaire.

93% de contenu recyclé
Grâce à ces flux dédiés conjugués à des outils de recyclage performants, REAZN a pu atteindre un taux d’incorporation de 93% de matière recyclée dans ses alliages zinc selon la méthode de calcul de l’ISO 14021. Cette norme n’acceptant, pour rappel, que les déchets post et pré-consommation dans son cahier des charges. «L’autre défi technique est d’arriver à proposer un zamak d’une qualité similaire à celui du vierge, sans perte de performance», se félicite Claude Bever. Un atout de taille qui intéresse le secteur cosmétique/parfumerie, consommateur de zamak de grade 5 – mélange de zinc (95%), d’aluminium (4%), de magnésium et de cuivre – pour la fabrication de ses capots, bouchons ou autres pièces de décoration. «Le modèle de REAZN démontre l’efficience de la filière et le recyclage effectif du zamak. C’est un argument supplémentaire en faveur de ce matériau longtemps mis de côté à tort, faute de données à jour et dont l’impact carbone* a été revu à la baisse par Ecoinvent après un long travail collectif mené ces derniers mois**», rappelle Claire Trescartes, responsable RSE et stratégie chez Segede, fabricant d’emballages métalliques de luxe.
L’entreprise familiale confie d’ailleurs avoir opéré des tests et produit des pièces à l’échelle industrielle avec des lingotscontenant 93% de contenu PCR de chez REAZN, sans aucune perte de qualité technique. «Nous parvenons à refondre en boucle ces lingots pour créer une boucle totale (loop), une qualité inédite du Zamak répondant parfaitement aux exigences de la PPWR», complète Claire Trescartes.
Prochaine étape pour REAZN : proposer du zamak 100% recyclé. «Les derniers pourcentages sont les plus difficiles à obtenir, et le prix de revient pourrait être un frein», explique Jean Gouverneyre. Les déchets disponibles sont en effet de plus en plus complexes à mesure que l’on cherche à augmenter la part de post-consommation. Le groupe planche sur plusieurs évolutions de procédé et indique avoir une dizaine de brevets en cours de dépôt. L’ambition affichée est de parvenir, dans les deux à cinq prochaines années, à produire ses alliages exclusivement à partir de matières secondaires.

Sécuriser les approvisionnements
Autre atout de taille du zamak : ses gisements sécurisés. En effet, sur les 500 millions de tonnes de zinc consommées dans le monde depuis 1960, environ 250 millions de tonnes seraient encore en circulation. Ces ressources – baptisées «mines urbaines» – suffiraient à répondre aux besoins du marché : selon l’Association Internationale du Zinc et Fraunhofer ISI, la demande mondiale en zinc devrait progresser de 13,5 MT à 25 MT d’ici 2050. Pour le zamak, dont la production mondiale de pièces est estimée à 1,6 million de tonnes (270 000 tonnes en Europe), ce gisement constitue une source potentielle de matière secondaire importante. «L’existence de ces mines urbaines illustre l’abondance du zamak recyclé, ce qui est plutôt rassurant pour les marques à la recherche d’approvisionnements garantis sur le long terme», explique Claire Trescartes. Elles permettent également de s’affranchir de l’usage du zinc primaire dont l’extraction minière est particulièrement énergivore. On estime les ressources globales de zinc à 1,9 milliard de tonnes. Selon REAZN, l’Europe dispose ainsi de stocks suffisants pour développer une filière de recyclage du zamak à grande échelle, à condition de mieux capter les déchets aujourd’hui exportés hors du continent pour atteindre une autosuffisance à court terme.

Vers une réévaluation des ACV
Face à un zamak 100% primaire affichant une empreinte carbone à 3 610 kg CO2/tonne (donnée 2012 – base Empreinte de l’Ademe), le zamak recyclé de REAZN se veut plus économe : sa production réduit de 79% les émissions de CO2 et consomme 88% d’eau en moins. L’intérêt est aussi énergétique à l’heure où le coût du mégawattheure reste volatile. Si la chaine de production est actuellement alimentée par gaz, l’option tout électrique reste complexe à déployer pour diverses raisons techniques. Des alternatives énergétiques sont en cours d’étude par REAZN.
Au-delà des gains obtenus sur le site de production, l’enjeu est désormais pour la filière cosmétique/parfumerie de faire reconnaître ces performances dans les outils de calcul d’ACV (à l’instar de SPICE en cosmétique), en s’appuyant sur ces résultats obtenus en conditions réelles de production et de recyclage. Fort de ces données actualisées sur le zamak recyclé, le secteur entend ainsi corriger un biais qui pouvait jusqu’ici pénaliser l’alliage dans les études d’écoconception. Le règlement sur les emballages (PPWR) impose de démontrer à la fois l’impact carbone et la recyclabilité effective des matériaux. Avec la confirmation du Comité Européen de Normalisation (CEN) dont la publication officielle est attendue en 2028 et la cartographie des filières européennes de recyclage, le Zamak coche désormais ces deux cases.

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