E-notices : vers la fin des notices papier de médicaments ?
posted Saturday 28 February 2026
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Longtemps indissociable de l’étui pharmaceutique, la notice papier est aujourd’hui remise en question par le numérique, les contraintes réglementaires et les enjeux environnementaux, sans pour autant disparaître. Depuis octobre 2025, l’ANSM mène en France une expérimentation sur la dématérialisation des notices, dans une approche prudente également portée au niveau européen. Plus qu’un basculement vers le tout numérique, cette phase test vise à évaluer les usages et ouvre de nouvelles perspectives pour l’ensemble des acteurs de la filière (Adelphe, Opella, LGR Packaging, Schreiner MediPharm).
En France, près de 600 médicaments participent à l’expérimentation pilote sur la e-notice pilotée par l’ANSM : environ 170 dans les pharmacies de ville (paracétamol, vaccins, IPP, …) et 420 à l’hôpital (anticancéreux, antibiotiques, thérapies cellulaires et géniques, …). L’évaluation repose sur des données chiffrées, des enquêtes patients et des échanges avec les professionnels de santé et les industriels. «Un premier bilan est attendu mi-2026, avant une évaluation finale fin 2027», indique
Vesna Reynal, responsable marché santé chez Adelphe. Prévue sur deux ans, l’expérimentation avance par étapes. Dans les pharmacies de ville, la notice papier reste obligatoire : la e-notice n’est qu’un complément, accessible via un QR code renvoyant vers la Base de données publique des médicaments*. À l’hôpital, certaines spécialités sont déjà distribuées sans notice papier depuis juin 2025, les médicaments étant délivrés à l’unité par des professionnels. La e-notice apporte des réponses à certaines limites du format imprimé : information régulièrement mise à jour, accessibilité permanente et contenus enrichis (vidéos, schémas, tutoriels), notamment pour les traitements complexes. Mais la dématérialisation soulève aussi des inquiétudes, notamment sur la fracture numérique pour les publics les plus fragiles. «À ce stade, aucun consensus définitif n’a encore émergé», indique Vesna Reynal.
Opella : la e-notice au service du bon usage
Parmi les industriels engagés dans l’expérimentation figure Opella, notamment sur le Doliprane et le CoDoliprane. Depuis octobre 2025, les boîtes de Doliprane 1 g vendues en pharmacie de ville intègrent à la fois une notice papier et un QR code donnant accès à une e-notice enrichie. Celle-ci propose notamment des vidéos pédagogiques sur le bon usage du paracétamol, la sécurité d’utilisation et la prévention du mésusage.
«L’un des principaux atouts de la notice numérique réside dans sa capacité de mise à jour quasi immédiate, alors que la notice papier nécessite six à neuf mois de délai», met en avant Natacha Kalasa, responsable communication chez Opella. Pour l’acteur leader des médicaments sans ordonnance, cette évolution s’inscrit dans une mission plus large : «simplifier la santé du quotidien par une meilleure compréhension des traitements».
Au-delà de l’information patient, la e-notice s’inscrit également dans une logique d’éco-conception. «Sur les 120 500 tonnes d’emballages de médicaments mises sur le marché chaque année, près de 10% correspondent au papier, largement lié aux notices», rappelle Vesna Reynal. Chez Opella, la suppression de la notice papier à l’hôpital a déjà permis d’économiser cinq tonnes de papier. «La réduction du papier facilite aussi les opérations industrielles : moins de bourrages sur les lignes et moins de manutention pour les opérateurs», ajoute Natacha Kalasa.
Cette évolution s’inscrit aussi dans un cadre réglementaire de plus en plus contraignant, en France avec la loi AGEC et la responsabilité élargie du producteur (REP), et à l’échelle européenne dans le cadre du futur règlement sur les emballages (PPWR), applicable à partir du 12 août 2026. «Depuis 2023, les entreprises doivent formaliser par écrit leurs démarches de réduction, de recyclage et de réemploi, en s’appuyant sur une analyse du cycle de vie de leurs emballages, rappelle Vesna Veyral. L’objectif est de garantir des emballages plus vertueux et intégrés dans une filière de recyclage d’ici 2030 en France et 2035 au niveau européen». Les attentes des consommateurs vont dans le même sens : 91% jugent important d’améliorer l’impact environnemental des emballages de médicaments, et deux tiers se disent ouverts à remplacer la notice papier par une version digitale, selon une étude Action Plus pour Adelphe.
Le papier, un incontournable pour le grand public
Face à la montée en puissance de la e-notice, LGR Packaging défend une approche résolument pragmatique. Membre de l’ECMA, le fabricant s’inscrit au sein du collectif MLPS (Medical Leaflets Patient Safety), qui plaide pour le maintien de la notice papier au nom de la sécurité des patients, de l’accessibilité de l’information et de l’impact environnemental. Le MLPS rassemble une trentaine d’acteurs de la chaîne de valeur, à la fois fabricants de papier, d’étuis et de notices, mais aussi équipementiers et imprimeurs, parmi lesquels CCL Label, Burgo, Cepi, Delfort, Edelmann, Faller, Graphic Packaging, Heidelberg, Körber Medipak, Paperpack ou encore Papeteries des Vosges.
Pour LGR Packaging, la transition vers la notice électronique ne pourra être que progressive, partielle et strictement encadrée. «Le projet pilote de l’ANSM a été reporté à plusieurs reprises en France», rappelle Claudine Poncet, responsable marketing de l’entreprise. Malgré l’annonce de l’Agence en novembre dernier et la circulation de boîtes intégrant des QR codes, la date officielle de démarrage reste incertaine. Si les notices destinées aux hôpitaux et aux professionnels de santé ont déjà été supprimées, les volumes concernés demeurent limités. Pour les médicaments de ville, un accord européen conclu en décembre 2025 confirme en revanche le maintien obligatoire de la notice papier dans chaque boîte, la version électronique n’étant envisagée que comme un complément.
Un État membre pourrait, en théorie, opter pour une notice exclusivement numérique, mais seulement après avoir mené une étude d’impact approfondie associant l’ensemble des parties prenantes : consommateurs, patients, personnes âgées, pharmaciens, médecins et représentants du MLPS. Et même dans ce cas, le titulaire de l’autorisation de mise sur le marché (le laboratoire) resterait tenu de fournir une notice papier à la demande du patient, via des dispositifs de type print on demand (POD) en pharmacie. «Entre le coût d’un tel système et l’opposition des pharmaciens, cette option apparaît aujourd’hui peu réaliste», analyse Claudine Poncet. Selon LGR Packaging, la notice papier dispose encore d’un horizon de vie estimé entre dix et vingt ans.
Tout en anticipant une baisse progressive des volumes à moyen ou long terme, le groupe poursuit ses investissements sur ce marché afin d’accompagner ses clients, tant au niveau des installations (avec de nouvelles technologies d’impression) que du parc machine de ses sites Pharprintà Dreux et Goldprint à Bruxelles. «Ces dernières années, on observe le développement de notices toujours plus grandes et plus complexesen termes de pliages, intégrant davantage de contenu pour répondre aux exigences réglementaires, au principe de précaution, aux attentes de lisibilité et à l’harmonisation internationale», constate Claudine Poncet.
Dans ce contexte, les multiserts poursuivent leur essor. Ces solutions permettent d’assembler jusqu’à six notices différentes, ainsi que d’autres éléments comme des patient cards, à l’aide d’une bande papier, d’un autocollant ou d’un point de colle. Utilisées pour des traitements spécifiques à forte valeur ajoutée, ces notices complexes s’adressent à la fois aux patients et aux professionnels de santé, chacun accédant à l’information qui le concerne. Le patient peut conserver la patient card comme support d’observance. Le multisert offre également une large surface de communication, tout en restant compact, compatible avec les lignes de conditionnement des laboratoires et des copackers, et en permettant de gérer une référence unique de notice. Autre solution sur mesure : l’EtuiNotice, un étui intégrant une notice collée, destiné à des marchés spécifiques.
Sur le plan des matériaux, l’optimisation des grammages se poursuit. Si le standard se situe aujourd’hui entre 37 et 40 g, le marché exprime une demande croissante pour des notices en 35, voire 32 g. À plus long terme, la priorité est clairement donnée à l’environnement et à la décarbonation. LGR Packaging s’est engagé dans une trajectoire visant à réduire de 42% ses émissions de scopes 1 et 2 et de 25% celles de scope 3 d’ici 2030 (par rapport à 2022), conformément à son engagement auprès de la SBTi. Au-delà du CO2, l’entreprise travaille à la réduction de ses consommations d’énergie, d’eau et de ressources, ainsi qu’à la diminution de ses déchets. Ces efforts s’étendent également à ses fournisseurs, avec un objectif de réduction de l’empreinte des matériaux utilisés, ainsi qu’à ses clients, en optimisant le design des produits ainsi que les processus de production et de livraison.
L’étiquette livret comme interface intelligente
Au-delà de la France, plusieurs pays européens expérimentent la e-notice, ou Electronic Product Information (ePI), notamment le Danemark, les Pays-Bas, l’Espagne, la Suède, la Belgique, le Luxembourg et les pays baltes. À terme, l’ePI a vocation à être déployée dans l’ensemble de l’Union européenne selon des normes harmonisées et via un portail commun (EMA/HMA), qui devrait être opérationnel deux ans après l’entrée en vigueur de la révision de la législation pharmaceutique européenne, actée en décembre 2025.
Dans ce contexte, Schreiner MediPharm incarne l’approche la plus technologique de la e-notice. Pour le spécialiste des étiquettes, la dématérialisation s’inscrit dans la continuité du rôle de l’étiquette, appelée à devenir une interface intelligente entre le médicament, le patient et les systèmes numériques. QR codes, technologies NFC, étiquettes livret hybrides, solutions d’authentification et d’inviolabilité : l’étiquette concentre désormais des fonctions d’information et de sécurité. L’entreprise est prête à intégrer les QR codes dans le cadre de l’ePI, mais propose également des alternatives numériques. «Les solutions NFCoffrent des niveaux de sécurité supplémentaires, avec des codes chiffrés, non falsifiables, et une sérialisation native grâce à un identifiant unique intégré dans chaque puce, explique Stefan Wiedemann, directeur senior de la Stratégie marketing et du Développement business de Schreiner MediPharm. Elles permettent, par exemple, d’accéder à une URL unique via un smartphone, sans impacter le design graphique de l’étiquette».
Schreiner MediPharm développe par ailleurs une large gamme d’étiquettes livrets adaptées aux petits contenants (seringues, flacons)et autres applications (poches de perfusion, stylos et auto-injecteurs, blisters ou étuis carton) combinant ergonomie et accès à l’information. Parmi ces solutions, une étiquette livret multifonctionnelle pour étui carton associe informations imprimées, fonctionnalités numériques et scellé d’inviolabilité. Une puce NFC intégrée permet de vérifier l’authenticité du produit et d’accéder à des contenus numériques destinés à accompagner le patient dans l’observance de son traitement, avec en option un indicateur numérique de première ouverture.
Dans le domaine des essais cliniques, Schreiner MediPharm va encore plus loin avec ses Digital Display Labels, intégrant un affichage numérique actualisable en temps réel sur les médicaments expérimentaux. Cette technologie permet d’adapter instantanément les informations aux évolutions des protocoles, d’optimiser la chaîne d’approvisionnement et d’accélérer les essais cliniques. Pour en faciliter l’usage, l’entreprise a également conçu un adaptateur plastique réutilisable, compatible avec
une grande variété de formats d’emballages.
«La e-notice ne se limite pas à remplacer le papier. Elle ouvre la voie à une information médicament plus dynamique, plus sécurisée et mieux adaptée aux usages réels», résume Stefan Wiedemann.