Le marché italien des machines d’emballage à l’épreuve des turbulences mondiales
posted Sunday 31 May 2026
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Malgré le cap historique des 10 milliards d’euros franchi en 2024, le secteur italien des machines d’emballage évolue depuis 2025 dans un environnement contrasté. Entre résilience technologique et inquiétudes géopolitiques, la « Packaging Valley » réinvente son modèle pour maintenir son leadership.
2026 : vers une nécessaire phase de consolidation
L’année 2026 marque une transition après l’euphorie de 2024 (+9%). Alors que le bilan intermédiaire 2025 de l’UCIMA (Union des constructeurs italiens de machines de conditionnement et d’emballage), faisait état d’une «stabilité substantielle» à 10,2 milliards d’euros (+2,1%), soutenue par un carnet de commandes robuste hérité de 2024 (7,6 mois de production), le premier trimestre 2026 révèle une conjoncture plus complexe. Si le chiffre d’affaires progresse de 2%, la croissance repose sur le marché intérieur (+15,2%) qui compense le léger recul des exportations (-0,2%). Le signal d’alarme vient des nouvelles commandes, en baisse globale de 5,8% et jusqu’à -9,3% en mars. Une situation préoccupante pour une filière structurellement tournée vers l’export.
En mars, les meilleures performances ont été enregistrées dans les secteurs de l’alimentaire, la pharmacie et la chimie, tandis que les boissons et les cosmétiques ont affiché une dynamique plus modérée. Malgré le ralentissement des commandes à l’export, le secteur conserve une solide résilience, avec des perspectives globalement stables pour le deuxième trimestre 2026, tant en Italie qu’à l’international.
Riccardo Cavanna, président de l’UCIMA, souligne ce changement de paradigme : «2025 a confirmé la solidité structurelle de notre secteur, mais marque en même temps un tournant. Le ralentissement des commandes […] est le signal d’un changement plus profond des dynamiques concurrentielles mondiales. Les tensions commerciales, la volatilité monétaire, les conflits et les nouvelles formes de protectionnisme redéfinissent les équilibres industriels internationaux».
L’export face l’incertitude
Avec près de 80% de son chiffre d’affaires réalisé à l’international, l’Italie demeure particulièrement vulnérable aux soubresauts géopolitiques. Si l’Union Européenne reste le premier débouché (35,8%), suivie de l’Asie (20,2%) et de l’Amérique du Nord (16,6%), la principale menace pour 2026 vient des États-Unis, qui représentent près d’un milliard d’euros d’exportations. L’instauration d’un droit de douane de 15% par l’administration américaine inquiète fortement l’UCIMA, qui dénonce une mesure pénalisant directement le consommateur final.
Un tissu industriel unique
Au coude-à-coude avec l’Allemagne pour le leadership mondial, l’Italie s’appuie sur une filière stratégique de 619 entreprises et plus de 40 500 salariés. Son cœur battant, l’Émilie-Romagne, abrite la célèbre «Packaging Valley» qui génère à elle seule 62% du chiffre d’affaires national (6,2 milliards d’euros), soutenue par des pôles d’excellence en Lombardie, Vénétie et dans le Piémont.
La réussite du modèle italien repose sur une dualité équilibrée entre des géants comme IMA, capables de livrer des lignes automatisées «clés en main» aux plus grandes multinationales, et un tissu de PME agiles, souvent familiales, telles que PFM ou Mondini, leaders sur des niches technologiques grâce à une personnalisation extrême.
Loin de céder au pessimisme ambiant, l’industrie italienne de l’emballage a fait le choix de transformer les contraintes mondiales en accélérateurs technologiques.
L’innovation comme bouclier
Si le marché mondial des équipements industriels montre des signes d’essoufflement, les constructeurs italiens ont affiché une réelle résistance en 2025. Marchesini Group a ainsi clôturé l’exercice avec un chiffre d’affaires consolidé supérieur à 600 millions d’euros et plus de 720 machines installées. Des performances en ligne avec les tendances générales du secteur, qui poussent le groupe à anticiper une croissance supplémentaire de 5% en 2026.
Pour soutenir cette croissance, chacun mise sur des secteurs d’application spécifiques. Marchesini Group consolide ainsi son cœur de métier pharmaceutique en renforçant son positionnement dans l’aseptique grâce à un nouveau partenariat avec l’américain AST. Cama observe, de son côté, une forte accélération dans la boulangerie-pâtisserie, tandis que Makro compense le ralentissement des vins et spiritueux par une expansion dans l’alimentation, l’entretien de la maison et les soins hygiène/beauté.
Pour ces entreprises, structurellement tournées vers l’international l’export représente entre 70 et 87% de leur activité. Si l’Europe reste le moteur principal de la croissance pour Cama, Makro s’intéresse activement à l’Asie, considérée comme un marché stratégique pour ses futurs développements.
Afin de justifier leur positionnement «premium» face à une concurrence asiatique qui monte en gamme, les constructeurs italiens poursuivent leurs investissements en R&D, avec des budgets représentant 5 à 6% de leur chiffre d’affaires annuel.
L’Intelligence Artificielle (IA) n’est plus un concept futuriste, mais le cœur des nouveaux développements. Chez Cama, l’IA pilote la maintenance prédictive et les jumeaux numériques afin de réduire considérablement les temps de changement de format. Chez Marchesini, elle renforce les systèmes d’inspection et de vision capables de détecter des corps étrangers invisibles à l’œil nu, garantissant ainsi une sécurité maximale des produits pharmaceutiques. Les équipes de Makro explorent également ces technologies pour accroître la flexibilité opérationnelle de leurs équipements.
Cap sur 2030 : durabilité et usines autonomes
Face au règlement européen sur les emballages (PPWR) les industriels italiens ont anticipé le virage écologique. Cama se positionne ainsi en pionnier du «Paperizing», avec des robots capables de manipuler papier et carton recyclé sans sacrifier la vitesse de production. Marchesini Group travaille à remplacer progressivement le PVC par des solutions en paper tray (carton) et par des machines capables de traiter des plastiques recyclables. Le constructeur développe également l’utilisation de plastiques à forte teneur en matière recyclée (R-PET). Makro bouleverse quant à lui son marché avec Signite, une technologie brevetée qui supprime purement et simplement le support physique de l’étiquette.
À long terme, la compétitivité du «Made in Italy» dépendra définitivement de sa capacité à transformer la volatilité actuelle en opportunité. L’enjeu, selon Riccardo Cavanna, consiste désormais à construire une véritable vision industrielle européenne capable de protéger ces filières stratégiques face à une concurrence hors-UE de plus en plus agressive.