L’emballage doit-il immobiliser du capital ou créer de la valeur ?
posted Sunday 31 May 2026
Par Frédéric Torrente, Directeur Général de COGIT.
Le réemploi des caisses dans la filière fruits et légumes s’est imposé comme une évidence. Il répond à des enjeux environnementaux majeurs et structure aujourd’hui les flux entre producteurs, plateformes et distributeurs.
Mais derrière cette logique vertueuse, un aspect reste peu visible : le fonctionnement économique associé à ces emballages.
Dans la pratique, les systèmes de caisses réutilisables reposent le plus souvent sur une consignation par unité, immobilisée jusqu’au retour des emballages. Ce mécanisme est largement intégré dans la filière et en constitue un standard.
Une réalité économique tangible
Pour en apprécier l’impact, il est utile de rapprocher cette consignation de la valeur des produits transportés.
En s’appuyant sur les cotations publiques des marchés de gros (RNM – FranceAgriMer) et sur des charges moyennes observées par caisse, on obtient des ordres de grandeur simples. Une caisse transporte en moyenne environ 12 € de carottes, 10 € de pommes de terre et 18 € de concombres.
Dans le même temps, la consignation se situe fréquemment autour de 4,50 € par caisse.
Le rapport est direct : selon les produits, la consignation représente environ un quart à près de la moitié de la valeur transportée. Dans certains cas, notamment sur des produits faiblement valorisés ou des caisses partiellement remplies, cet écart peut être encore plus marqué.
Ces éléments ne remettent pas en cause le modèle du réemploi. Ils permettent d’en éclairer une dimension économique souvent peu visible.
Un sujet de trésorerie
Pour le producteur, la consignation ne constitue pas une charge définitive. Elle est récupérée lors du retour des emballages. En revanche, elle représente une trésorerie immobilisée, parfois sur des volumes significatifs et sur des durées variables. À l’échelle d’une campagne, cela peut générer un besoin de financement indépendant de la performance commerciale. Dans un contexte de tension sur les marges agricoles, cet aspect mérite d’être pleinement intégré dans l’analyse des flux logistiques.
Faire évoluer les outils du réemploi
Le débat ne porte pas sur le principe du réemploi, largement partagé par la filière. Il porte sur son évolution.
Les technologies de traçabilité permettent aujourd’hui d’envisager une gestion plus fine des flux d’emballages. En identifiant chaque caisse individuellement, il devient possible de sécuriser leur circulation tout en limitant le recours à une immobilisation financière systématique.
L’emballage ne se limite plus à une fonction de transport. Il devient un support d’information, permettant une meilleure visibilité des flux et une optimisation des rotations.
Notre métier, c’est le réemploi. Chez COGIT, nous avons fait le choix d’un modèle qui allie performance écologique et performance économique. Pouvoir s’affranchir de la logique de caution représente, selon nous, une vraie valeur ajoutée pour le monde agricole.
Un enjeu de compétitivité
Réduire les immobilisations de trésorerie, améliorer la visibilité des flux et fiabiliser les opérations sont des leviers concrets pour renforcer la compétitivité des producteurs. Le réemploi a franchi une première étape en s’imposant comme un standard. La suivante consiste à en optimiser le fonctionnement économique. La question est désormais simple : l’emballage doit-il continuer à immobiliser du capital, ou devenir un outil de création de valeur grâce à l’information ?