PPWR : se structurer pour avancer dans la durée
posted Wednesday 30 September 2026
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La règlementation PPWR est entrée en application le 12 août 2026. Pour les professionnels de l’emballage, c’est le début – ou la continuité – d’une course pour se mettre en conformité aux différentes dates d’échéances. Face aux défis à relever et à la complexité de certains aspects de la règlementation, se faire aider est essentiel.
Cela fait des années que de nombreuses entreprises du secteur de l’emballage s’y préparent, et pour beaucoup, ces derniers mois ont ressemblé à un marathon. Et c’est loin d’être terminé. La règlementation européenne PPWR – qui introduit des exigences techniques très ambitieuses sur l’ensemble du cycle de vie de l’emballage – est désormais officiellement en vigueur depuis le 12 août. Cette règlementation couvre l’ensemble des emballages, des déchets d’emballages (ménagers et professionnels), des matériaux, et concerne toute la chaine de valeur. Son objectif : réduire les emballages, améliorer leur recyclabilité et l’intégration de matière recyclée, faire croître le réemploi, limiter les substances problématiques et harmoniser l’étiquetage environnemental. Une législation secondaire paraitra au fil du temps selon un calendrier d’application à l’horizon 2040. Une trentaine de textes sont attendus : une veille règlementaire structurée est donc essentielle, et au long cours.
Dans l’immédiat, les acteurs de l’emballage doivent répondre à deux obligations majeures : faire une déclaration de conformité pour chaque emballage mis sur le marché (et conserver les documents techniques pendant plusieurs années) – et minimiser les substances préoccupantes comme les PFAS ou les métaux lourds, présentes dans les emballages et leurs composants, quel que soit le matériau. La règlementation fixe en effet de nouvelles exigences relatives à la présence et à la concentration de ces substances. «Les restrictions concernant certaines substances occupent beaucoup les entreprises actuellement. Elles n’y étaient pas préparées et sont notamment surprises par celle concernant les PFAS dans les emballages au contact des denrées alimentaires, avec des niveaux très bas et pas de report de l’application», résume Blandine Lagain, co-fondatrice de Pack Eko, qui propose du conseil, de la veille règlementaire et des formations sur les emballages. L’une des difficultés tient au fait que les entreprises doivent désormais respecter des seuils, mais sans pouvoir se référer à une méthode d’analyse harmonisée au niveau européen, pas encore publiée. «Pour palier cette absence, la Commission Européenne a tout de même donné des recommandations avec une approche progressive en deux étapes : si une première analyse montre un taux de fluor total inférieur à 50 ppm, l’échantillon est considéré conforme. Si le taux est supérieur à 50 ppm, alors il faudra procéder à deux autres analyses supplémentaires. Mais en France, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) ne partage pas cette position et souhaite que les industriels réalisent les trois analyses fixées dans la règlementation PPWR. Il est donc difficile pour les industriels de se positionner. Ils doivent aussi être en capacité d’interpréter les attestations de leurs fournisseurs», ajoute Marion Helou, la seconde co-fondatrice de Pack Eko.
Anticiper pour être mieux préparé
Autre nouveauté majeure et immédiate : il faut désormais démontrer la conformité des emballages en cas de contrôle par les deux organismes désignés, la DGCCRF ou l’Ademe. Les entreprises ont l’obligation de monter un dossier de conformité pour chaque emballage mis sur le marché. Une fois le dossier constitué, elles réalisent une «auto-déclaration», à conserver. «Pour l’instant beaucoup de données sont éparpillées dans les entreprises. Cela nécessite un gros travail de récupération, de synthèse des informations, mais aussi d’établir des flux fonctionnels avec ses fournisseurs et ses clients, et de prévoir des systèmes d’archivage et de transmission en amont et en aval, car de grandes quantités d‘informations vont circuler», souligne Blandine Lagain.
La recyclabilité des emballages apporte également son lot de questions. «La règlementation prévoit qu’il faudra déterminer pour chaque emballage son taux de recyclabilité. C’est totalement nouveau et la méthode de calcul n’a pas encore été publiée. Il faut vraiment suivre de près les futures publications liées à la PPWR pour réagir dès que la méthode sera connue, en 2028», insiste-t-elle. Ces taux de recyclabilité donneront des classes de performance A, B et C. Des normes harmonisées publiées cette année donneront toutefois une première vision sur les emballages compatibles avec les filières de recyclage à l’échelle européenne. En attendant que la méthode soit connue, les entreprises peuvent commencer à évaluer leur portefeuille de produits pour recenser ce qui devra être modifié. «Actuellement les industriels se focalisent sur les PFAS et la déclaration de conformité, mais très vite il va falloir s’occuper de la conception, de l’optimisation de l’emballage. Un grand travail a déjà été mené, mais désormais il faut réfléchir à l’échelle européenne. Et beaucoup d’emballages ne sont pas encore recyclables, tels les films complexés par exemple, qui ont été éco-conçus en début de vie mais s’avèrent non-recyclables en fin de vie», ajoute Marion Helou.
Définir une feuille de route cohérente
2026 est donc une année clé : une année de bascule juridique, de structuration technique, et de préparation aux futures échéances. Les décisions R&D prises aujourd’hui conditionnent la conformité 2028-2040… Pack Eko préconise quatre étapes pour construire une feuille de route progressive et cohérente. La première est de diagnostiquer afin d’identifier les emballages les plus exposés aux exigences de la PPWR : cartographier les familles d’emballages, les matériaux, les volumes mis sur le marché, évaluer les risques, collecter les données… La seconde étape consiste à prioriser les actions sur les emballages les plus exposés et stratégiques. Cela permet d’évaluer la priorité immédiate (les gros volumes, etc.), et les chantiers à lancer. Troisième étape : identifier les actions rapides à mettre en place pour réduire les principaux risques (intégration de recyclé, réduction du poids d’emballage…) et les projets structurants (qualification de nouveaux matériaux, développement du réemploi, etc.). La dernière étape est axée sur la sécurisation de la conformité des emballages dans le temps, et la mise en place d’une organisation durable face à un cadre règlementaire évolutif.
Les fournisseurs au rayonnement mondial – disposant d’une organisation conséquente – sont aussi souvent en capacité d’aider leurs clients. Smurfit Westrock a, par exemple, sensibilisé ses clients de façon proactive. «Beaucoup cherchent aujourd’hui à comprendre leur rôle exact dans la chaîne de valeur définie par la réglementation : fournisseur, fabricant ou producteur. Ce positionnement n’est pas toujours évident. Par exemple dans PPWR, Smurfit Westrock fabrique des sous-éléments d’emballage, nous intervenons comme fournisseur. Nos clients, eux, sont considérés comme fabricants et doivent donc établir la déclaration de conformité», détaille Rémy Kremer, responsable de l’expérience consommateur et de la démarche «Better Planet Packaging». Les grandes entreprises ont déjà bien avancé sur les différentes thématiques (réduction des emballages, recyclabilité), mais pour les TPE et PME, l’enjeu est souvent plus complexe, notamment en raison de ressources et d’une organisation plus limitée. «Notre accompagnement client est de passer de la complexité réglementaire à une feuille de route concrète : analyser leurs emballages, identifier les priorités, réduire le vide, optimiser la matière et sécuriser leur conformité. Grâce à nos Innotools – des outils développés par le groupe – nous pouvons évaluer le besoin en performance, estimer le taux de vide ou encore vérifier si un emballage est sous- ou sur-grammé. Ces indicateurs permettent à nos clients de prendre des décisions éclairées», explique-t-il.
Se faire aider pour y voir plus clair
De nombreux «experts emballages» arrivent sur le marché aujourd’hui, avec des solutions basées sur l’intelligence artificielle et diverses propositions – tels que Keendo et ses modules PLM (gestion du cycle de vie du produit) adaptés aux professionnels de l’agro-alimentaire, ou encore la start-up Cleo Labs. Créée en 2024, elle automatise la conformité produit grâce à l’intelligence artificielle. L’entreprise a développé un outil permettant de cartographier les réglementations mondiales (25 000 sont répertoriées à ce jour), de les mettre à jour en temps réel, et de réaliser une veille réglementaire. «Nous encodons chaque loi dans un code précis, car l’IA «classique» répond de façon probabiliste, or une règlementation doit être déterministe. Ainsi, nous pouvons apporter une aide concrète avec une feuille de route à horizon 2035 et un plan d’action. Nous débutons par un mini-audit de l’entreprise – son statut, les produits, leur nomenclature (le «BOM», Bills of Materials), etc. – puis nous cartographions toutes les règlementations applicables et les retranscrivons en actions concrètes», détaille Anaëlle Guez, pdg et co-fondatrice, avec Naomie Halioua, de Cleo Labs. Pour un fabricant d’emballages, par exemple, la règlementation PPWR va constituer une partie des actions – mais ses produits seront peut-être également soumis à d’autres règlementations – REP Emballages professionnels, réglementations étatiques spécifiques aux Etats-Unis ou ailleurs, selon les marchés couverts par l’entreprise, etc. «Des règlementations dans d’autres pays peuvent être complémentaires ou contradictoires. Dans ce cas, nous réalisons une synthèse pour simplifier l’analyse règlementaire. Nous travaillons beaucoup avec des fabricants de matières premières notamment. Ils veulent comprendre la règlementation, les actions concrètes et l’analyse des signaux faibles afin d’anticiper dans leurs process les évolutions règlementaires futures», ajoute-t-elle.
Ne pas attendre les futurs textes législatifs pour avancer
Pour Rémy Kremer, «même si certains points restent à préciser, attendre serait une erreur. Les grandes lignes de la réglementation sont désormais connues, il est préférable d’avancer dès maintenant plutôt que d’attendre les derniers arbitrages. Travailler dans l’urgence réduit fortement les marges de manœuvre. Par exemple, on ne connait pas les méthodologies qui permettront le calcul du taux de vide dans les emballages, mais en travaillant déjà sur la réduction des emballages et l’efficience des transports, c’est une manière concrète de se préparer dès aujourd’hui», souligne-t-il. Idem pour d’autres aspects. On sait que les emballages devront contenir de la matière recyclée : mieux vaut sécuriser les approvisionnements le plus tôt possible. Autre certitude : tous les emballages devront être recyclables. Les critères de conception seront connus en 2028, et la méthodologie d’évaluation du recyclage à l’échelle par catégorie d’emballage en 2030 : en attendant les précisions, il est conseillé d’utiliser des matériaux standardisés, de simplifier certaines structures, de limiter les éléments perturbateurs ou de travailler sur la séparabilité. Pour les entreprises, c’est l’un des enjeux de cette règlementation : avancer sur un horizon 2028-2030 tout en restant rationnel dans ses choix.