Recyclage des plastiques : quand la consigne refait parler d’elle
posted Sunday 31 May 2026
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Alors que la filière européenne des plastiques – en perte de compétitivité – accuse un ralentissement marqué vers un modèle plus circulaire et que la situation économique des régénérateurs se dégrade en Europe et en France, la consigne pour recyclage s’invite à nouveau dans les débats.
Le 19 mai dernier, en marge du salon Reuse Economy Expo à Porte de Versailles Paris, le président de la république Emmanuel Macron a appelé – lors du 5e Conseil de planification écologique – à une nouvelle concertation sur l’instauration d’une consigne sur les bouteilles en plastique en France, rappelant que la France payait 1,5 milliard d’euros de pénalité à l’Union européenne pour non-atteinte des taux de recyclage sur les plastiques en n’en recyclant que 26%. Une piètre performance qui classe l’Hexagone parmi les plus mauvais élèves des Etats membres européens (26e place sur 27). Pour rappel, les objectifs de recyclage du plastique fixés par l’Europe sont de 50% en 2025 et de 55% d’ici 2030.
Le sujet n’est pourtant pas nouveau : après avoir reculé une première fois en 2019, le gouvernement par la voix de son ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires de l’époque, Christophe Béchu y avait renoncé à nouveau en septembre 2023 faute de consensus trouvé avec les élus locaux sur le modèle à déployer, «la consigne constituant un dispositif peu performant, porteur de nombreux effets pervers environnementaux, tout en étant économiquement irrationnel, ainsi que socialement et territorialement injuste», expliquait-on alors au ministère. Force est de constater qu’en trois ans, la situation est au point mort, le taux de recyclage des bouteilles plastique en France ne progressant que de 1% en moyenne (le taux de collecte stagne à 58,2% selon les chiffres de l’Ademe 2024). Or le temps presse : d’ici le 1er janvier 2029, les États membres doivent atteindre un taux de 90 % de collecte séparée des bouteilles plastiques à usage unique de boissons jusqu’à 3 litres et des canettes métalliques de boissons jusqu’à 3 litres, comme l’attend le règlement européen PPWR. Pour y parvenir, la mise en place d’un système de consigne-retour avec dépôt payé lors de l’achat et remboursé lors du retour de l’emballage est donc préconisé dans le cadre du règlement.
Une contestation toujours présente
Lors des premières réunions de travail menées par le ministre délégué chargé de la transition écologique, Mathieu Lefèvre, les associations d’élus locaux ont une nouvelle fois réaffirmé leur opposition totale à la mise en place de ce qu’ils considèrent comme «une fausse consigne» pour recyclage sur les bouteilles en plastique. Principal argument avancé : si le dispositif devait être déployé, «il détournerait l’objectif prioritaire de prévention et de réduction des déchets à la source, fragiliserait le service public de gestion des déchets et ne présenterait pas de garantie d’efficacité environnementale significative», expliquent les associations d’élus dont l’AMF, Intercommunalités de France, France Urbaine et le Cercle National du Recyclage dans un communiqué. Sur les 1,5 milliard de pénalités payés à Bruxelles, la part ramenée aux bouteilles plastique ne correspond qu’à un montant de 100 millions d’euros, ont souhaité également corriger les associations. Autre argument avancé par les élus locaux : la consigne pénaliserait les petits commerces des centres villes faute de place pour s’équiper en automates ainsi que les zones rurales où les consommateurs devront faire des kilomètres pour rapporter les bouteilles. Ils dénoncent «une véritable privatisation déguisée d’un service public essentiel» appelant le ministre à intégrer dans cette nouvelle concertation, non seulement les autres propositions du ministère, mais également les 14 propositions que les élus locaux font depuis 2023 et qui n’ont jusque-là pas été prises en compte dans le débat avec l’Etat. Face à cette première levée de bouclier, le gouvernement a voulu rassurer : la consigne ne sera pas la seule solution à déployer. Un plan articulé autour de 12 leviers privilégiant la souveraineté industrielle, la compétitivité et la transition circulaire est annoncé. Une première ébauche de cette feuille de route est attendue pour la mi-juin atour de trois piliers complémentaires : sobriété, réemploi et recyclage. «Chaque tonne de plastique recyclée en France, c’est une tonne importée de moins, une dépendance réduite et une filière industrielle renforcée», a défendu Mathieu Lefèvre.
Une circularité des plastiques mise à mal
Alors que les débats vont bon train sur la consigne pour recyclage, hasard du calendrier, Plastics Europe dévoilait le même jour que le lancement de cette concertation les résultats de son rapport bisannuel sur l’économie circulaire des plastiques. Et les chiffres ne sont pas reluisants… L’étude met en avant un ralentissement marqué de la transition de l’Europe vers une économie circulaire des plastiques. Ainsi, la croissance annuelle (TCAC) de la production circulaire du Vieux continent – incluant plastiques recyclés mécaniquement, chimiquement et plastiques biosourcés – est passée de 13,8% entre 2018 à 2022 à 1,2% de 2022 à 2024, atteignant 8,7 MT soit 15,8% de la production totale. A l’inverse, la croissance annuelle de la production mondiale de plastiques circulaires s’est accélérée, passant de 5 à 7,7% sur les mêmes périodes. En parallèle, la demande des plasturgistes européens en plastiques circulaires perd elle aussi de son élan, passant d’une croissance annuelle de 16,2% entre 2018 et 2022 à 4% entre 2022 et 2024. Si le taux de recyclage des déchets plastique collectés en Europe est passé à 29,6%, 70,4% d’entre eux sont encore envoyés en décharge ou à l’incinération. Encore plus préoccupant : le taux de déchets exportés a progressé de 36,5% en deux ans pour atteindre 1,5 MT en 2024. En parallèle, l’Europe voit sa dépendance en matières plastiques importées augmenter : 19% des plastiques circulaires utilisés par la plasturgie proviennent de l’étranger. «Il est profondément préoccupant de constater qu’au moment où l’Europe devrait accélérer vers une économie circulaire, nous voyons un ralentissement spectaculaire de celle-ci. En raison des prix élevés de l’énergie et des matières premières, des coûts liés aux émissions de carbone et une concurrence inéquitable, les producteurs européens de matières plastiques sont en mode survie. Notre chaine de valeur ne peut pas réaliser les investissements nécessaires dans la circularité ; au contraire, nous assistons à une décarbonation de l’Europe par sa désindustrialisation», constate Rob Ingram, président de Plastics Europe et directeur général d’Ineos Oléfines & Polymères Europe. L’association appelle les instances européennes à prendre des mesures d’urgence afin de protéger la plasturgie européenne et restaurer sa compétitivité. «Pour faire face au dumping asiatique, il est essentiel que l’Europe instaure un cadre réglementaire favorisant l’intégration de plastique recyclé européen et un système de sanctions en cas de manquement», ajoute Jean-Yves Daclin, directeur général de Plastics Europe France.
Accélérer l’incorporation de matières plastiques recyclées produites en France
Sur le terrain, la récente crise géopolitique affectant l’Iran et la circulation dans le détroit d’Ormuz a provoqué une hausse brutale des prix des résines plastiques vierges. Les prix de nombreuses résines ont augmenté de plus de 33% en quelques semaines, avec des hausses particulièrement marquées sur les polyoléfines (PEHD, PEBD, PP). Le PET n’a pas été épargné, enregistrant une augmentation de +28% en un mois, selon le Syndicat national des Régénérateurs de matières plastiques (SRP). Une situation qui confirme une instabilité désormais structurelle des marchés mondiaux en raison d’une succession de crises depuis 2020 (pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, tensions commerciales internationales, crises énergétiques et géopolitiques).
Parallèlement, la filière européenne du recyclage des plastiques connaît une dégradation rapide de sa situation économique. Les coûts d’exploitation d’une usine de recyclage en Europe sont 3 à 5 fois supérieurs à ceux observés en Asie. Entre 2023 et 2025, l’Europe a perdu 1,2 MT de capacités de régénération ; pour exemple aux Pays-Bas, 25% des capacités de production ont disparu tandis qu’en France, six usines de régénération ont fermé en 2025, une première depuis 20 ans.
Face à ce double constat, le SRP – qui représente 85% de la production française de matières plastiques recyclées – appelle à un recours accru et systématique aux matières plastiques recyclées produites en France et en Europe. «Les plastiques recyclés (MPR)constituent aujourd’hui des matériaux industriels matures, répondant à des exigences élevées de qualité, traçabilité et certification. Leur intégration est déjà effective dans de nombreux secteurs et peut être étendue à grande échelle. Si certaines applications spécifiques peuvent encore présenter des contraintes techniques, le non-recours durable aux MPR constituerait une erreur stratégique majeure au regard des évolutions économiques, réglementaires et environnementales», explique Rémy Belval, président du SRP. Le recours aux MPR produites en France et en Europe et issues de déchets européens constitue pour le syndicat la voie pour sécuriser la souveraineté industrielle de la filière et ses emplois, tout en s’affranchissant de la dépendance aux matières premières vierges importées pour une empreinte carbone réduite. Car pour le SRP, le risque est clair : «sans débouchés solides, le recyclage des plastiques reculera durablement en Europe. La réponse est connue et immédiatement opérationnelle : développer l’incorporation de matières plastiques recyclées produites en France et en Europe, disponibles, fiables et traçables». Le syndicat attend d’ailleurs beaucoup du dispositif de primes à l’incorporation en cours de déploiement par les éco-organismes pouvant atteindre 450 à 1000 euros par tonne de MPR incorporée. «La traçabilité est un enjeu clé face à des importations asiatiques de MPR qui manquent de transparence. Nous appelons à une double certification (type Recyclass, LNE ou autre) à la fois des régénérateurs et des transformateurs afin de s’en protéger», conclut Rémy Belval.