La crise d’Ormuz met en lumière la crise structurelle de la filière européenne des plastiques
publié le mardi 30 juin 2026
Par Manuel Burnand, Directeur Général de Federrec.
Le contexte économique est aujourd’hui morose, marqué par une baisse de la consommation de plastique recyclé européen et par un ralentissement de la production industrielle nationale, notamment dans les secteurs du bâtiment et de l’automobile.
L’industrie européenne du recyclage du plastique est frappée de plein fouet et son modèle économique est menacé : en effet, les fabricants préfèrent se tourner vers des résines plastiques importées d’Asie et du Moyen-Orient dont les prix de production sont de 3 à 5 fois plus bas qu’en Europe.
Sur les trois dernières années, 1 million de tonnes de capacités de régénération ont dû fermer leurs portes en Europe (soit l’équivalent des capacités françaises), y compris en France. La filière subit un phénomène de stop & go au niveau des ventes qui n’est pas viable à long terme. Sans obligation de consommation de plastiques recyclés « made in Europe » ou de primes à l’incorporation permettant de compenser les écarts de prix pour les acheteurs, la filière est gravement menacée.
La crise du détroit d’Ormuz s’est traduite par une hausse temporaire des prix du pétrole à l’échelle mondiale entraînant une augmentation des prix des matières plastiques vierges (MPV) et une restriction de l’offre, notamment en raison d’une réduction de la production d’éthylène.
La demande européenne et les prix des matières plastiques issues du recyclage (MPiR) ont augmenté ponctuellement mais uniquement pour certains produits sur lesquels la flexibilité entre MPV et MPiR a été travaillée depuis longtemps, comme le PET en contact alimentaire, les housses en PE/PP ou le PVC micronisé pour les tubes. En revanche, aucune hausse de la demande n’est observée sur les marchés où les discussions sur la qualité sont encore en cours, comme pour le PEHD Emballage.
Cette tendance est contrariée par la hausse des coûts de transport, et il devient plus difficile de trouver des camions disponibles. Cette hausse des coûts logistiques se répercute sur les prix d’achat et de vente des matières, et ce, pas uniquement pour le plastique. Cet impact touche aussi bien les importateurs que les non-importateurs.
Autre impact majeur à prendre en compte : celui des restrictions sur les exportations de déchets plastiques (Waste Shipment Regulation). En effet, depuis le 21 mai 2026, cette nouvelle réglementation est entrée en vigueur : les exportations vers les pays hors UE doivent désormais passer sous notifications et respecter des limites d’impureté fixées à 1,9% pour les pays hors OCDE, avec une interdiction d’envoi de déchets en mélange. Cette mesure entraîne une baisse de la demande pour certains produits non consommés en Europe, comme les big bags en PP ou les housses en PE coloré. Le 21 novembre prochain, l’interdiction totale d’exportation des déchets plastiques hors OCDE sera effective. En conséquence, nous assisterons d’ici la fin de l’année à un afflux de déchets à traiter sur le marché européen, créant un effet ciseau alors que la demande en matière recyclée reste faible et que des sites de recyclage ferment par manque de rentabilité.
C’est dans ce contexte que le gouvernement français lance le « plan plastique » visant à recycler 55% des emballages plastiques (ménagers et professionnels) d’ici 2030 et que se met en place au 2e semestre 2026 la REP sur les emballages professionnels, censée, elle aussi, doper le tri et le recyclage des plastiques non ménagers.
Dans cette crise majeure, Federrec est très active au niveau français pour activer la mise en place rapide des bonus à l’incorporation des MPiR plastiques par les éco-organismes. Nous prenons également part aux travaux européens visant à soutenir les obligations d’incorporation et les clauses miroirs (Directive SUP (1) – PPWR (2) – ELVR (3)) ainsi que les leviers du « Winter Package » (codes douaniers différenciés).
En conclusion, la crise d’Ormuz fait repartir temporairement la demande en MPiR sur certaines résines mais ne résout pas la crise du recyclage des plastiques qui est structurelle. Si l’Europe dispose d’un potentiel pour renforcer sa souveraineté industrielle en matières premières grâce au recyclage, elle doit se doter de manière urgente des moyens permettant de renforcer la demande en matière recyclée « made in Europe ».
(1) Single Use Plastics. (2) Packaging and Packaging Waste Regulation. (3) End of Life Vehicle Regulation.