Soprema valorise la glassine dans sa nouvelle usine à Beaune
publié le samedi 28 février 2026
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Avec l’inauguration de son usine de Beaune (21), Soprema franchit une nouvelle étape dans la structuration industrielle de la filière glassine. Objectif : transformer un déchet complexe de l’étiquetage en ouate de cellulose à haute performance, tout en sécurisant un gisement européen estimé à 550 000 tonnes. Avec cette nouvelle usine, Soprema – groupe expert en solutions d’étanchéité et d’isolation pour le BTP – devient le plus grand fabricant de ouate cellulose en France.
En activité depuis novembre 2025, le site de Beaune a été inauguré le 5 février 2026 en présence de la direction du groupe Soprema et des élus locaux après 18 mois de chantier. Avec une capacité annuelle de 25 000 tonnes et un investissement global de 30 millions d’euros, l’unité renforce le dispositif industriel du groupe composé d’un réseau de 130 usines et porte son ambition sur la valorisation de la glassine, support siliconé des étiquettes adhésives.
Une montée en puissance industrielle structurée
L’usine de Beaune complète le site historique de Cestas (Gironde) de Soprema, qui dessert la façade Ouest. À terme, l’ensemble des deux unités permettra d’atteindre 45 000 tonnes de capacité annuelle cumulée. Avec le site de Beaune, Soprema souhaite assurer une meilleure couverture nationale en desservant le versant Est de la France mais également faciliter le sourcing de la matière première glassine, en capitalisant sur la proximité avec des entreprises de secteurs différents. Autre avantage : réduire l’empreinte carbone du groupe en limitant le nombre de déplacements pour la production et la livraison aux clients des marchés français, d’Europe du Nord et de l’Est. «La nouvelle usine sera en capacité, en fin d’année, d’avoir une équivalence de 25 000 tonnes par an, et viendra compléter celle de Cestas qui est entre 17 et 20 000 tonnes par an», explique Christophe Bourgouin, directeur CSI & responsable de l’activité ouate de cellulose pour Soprema France.
Le site, d’une surface de 14 700 m², intègre une ligne de production dédiée à la ouate de cellulose Cristal, un espace de démonstration pour le soufflage, une hall matières et un auvent de stockage. Il est complété d’un laboratoire réalisant des tests quotidiens de performance ainsi que de bureaux, d’espaces de repos et d’une salle de sport pour les collaborateurs. À terme, une trentaine d’emplois directs seront mobilisés et 140 emplois indirects sur le territoire.
Structurer un gisement européen sous-exploité
L’enjeu industriel dépasse la seule capacité de production. Il s’agit de capter et structurer un flux matière diffus et historiquement mal valorisé. Selon les données communiquées par le CELAB (FINAT), le gisement européen de glassineatteindrait 550 000 tonnes, dont 80 000 tonnes en France. «Le potentiel de la glassine est réel. En 2025, nous en avons valorisé 10 000 tonnes autrement incinérés ou enfouis. Notre nouvelle usine de Beaune va nous permettre de poursuivre notre développement et de soutenir le lancement sur le marché d’une nouvelle ouate Cristal, encore plus performante», déclare Pierre-Etienne Bindschedler, pdg du groupe Soprema.
Pour alimenter ses usines, Soprema a fait le choix d’un modèle de collecte directe de la glassine opérationnel depuis deux ans et demi : «notre volonté a été de nous adresser en direct à ceux qui avaient ce déchet-là, nous collections ainsi entre une dizaine et une centaine de tonnes de glassine auprès des fabricants et des utilisateurs. Monter ce maillage territorial de collecte a été un énorme investissement pour notre groupe», explique Christophe Bourgouin.
Aujourd’hui, le réseau compte environ 970 fournisseurs répartis dans dix pays, issus de secteurs variés : imprimeries, logisticiens, industriels de l’emballage, fabricants d’étiquettes dont des grands noms du secteur à l’instar d’UPM et Avery Dennison.
«Nous sommes les seuls en Europe à pouvoir retraiter de façon importante et industrielle cette matière», affirme-t-il. Le procédé, protégé par brevet, repose exclusivement sur des phases de broyage mécanique. «Le process que nous avons développé ne consomme pas d’eau ou de vapeur et n’a pas besoin de temps de chauffe. Tout est basé sur une série d’étapes de broyage finement réglées avec un ajout d’additifs. En cela, la technologie est propre et peu énergivore», ajoute-t-il. Autre avantage clé : le process ne génère aucune perte. «Un kilo de glassine permet en sortie l’obtention d’un kilo et demi de ouate de cellulose. Tout est récupéré pour avoir en sortie de process des balles de ouate de 12,5 kg».
Optimisation matière sans compromis sur les performances techniques
La ouate de cellulose Cristal, produite à partir de glassine recyclée, se positionne comme un isolant thermique et acoustique à haute performance pour les combles perdus et murs intérieurs avec d’excellentes capacités de déphasage thermique pour un confort en hiver comme en été. Trois paramètres structurent sa performance : le lambda (pouvoir isolant), la masse volumique et le tassement. En juillet 2025, les équipes de Soprema ont dévoilé une nouvelle version du produit. «En améliorant encore nos réglages au niveau du process, nous proposons une ouate avec un pouvoir isolant encore plus performant tout en réduisant de 18% la quantité de matière utilisée à performance thermique équivalente», se félicite le dirigeant de CSI. Ce changement s’accompagne d’un nouveau packaging 100% recyclable.Concrètement, pour l’isolation de combles, la masse mise en œuvre passe d’un peu plus de 8 kg/m² à environ 7 kg/m².
S’adapter au marché et aux gisements de matériau
La structuration de la filière glassine se veut une réponse au déclin progressif des flux de papiers recyclés, initialement utilisés pour fabriquer la ouate de cellulose Cristal. C’est ce retrait structurel du papier graphique qui a incité le groupe à diversifier ses approvisionnements. «Nous avions installé notre première usine à Cestas pour récupérer les invendus du groupe de presse Sud Ouest. Mais le tirage presse écrite perd entre 3 et 5% par an. Il nous fallait trouver un plan B», explique Christophe Bourgouin. La glassine, issue du marché dynamique de l’étiquetage, offre aujourd’hui un gisement en croissance, selon les données sectorielles. Quant aux alternatives comme le linerless (étiquette sans support glassine), elles restent marginales pour Soprema : «cela représente une quantité infinitésimale sur le marché européen».
Avec 25 000 tonnes de capacité à Beaune — soit l’équivalent de 160 combles isolés par jour — Soprema ne se contente plus d’expérimenter une voie de valorisation mais ambitionne de faire de la glassine sa principale source de matière pour la fabrication de sa ouate de cellulose, tout en s’inscrivant dans une logique d’économie circulaire intégrée.