Zero Waste France évalue le déploiement de la consigne pour réemploi
publié le vendredi 12 juin 2026
Alors que Citeo organisera un point presse le 29 juin prochain pour faire le bilan du 1er anniversaire de l’initiative ReUse dans quatre régions de France, Zero Waste France lui vole la vedette en publiant hier les résultats d’une enquête menée par son réseau de groupes locaux dans 74 magasins. L’association environnementale déplore un « faux départ », dû à un « engagement hétérogène et insuffisant » des marques et des enseignes de grande distribution dans le projet.
Initié en juin 2025 et porté par les éco-organismes des emballages ménagers Citeo et Adelphe, le projet ReUse vise, le système de consigne pour réemploi des emballages est actuellement déployé à titre expérimental dans les enseignes Carrefour, Leclerc, Intermarché, Coopérative U et Monoprix dans quatre régions françaises : la Normandie, la Bretagne, les Pays-de-la-Loire et les Hauts-de-France. Dans 367 magasins impliqués dans cette initiative, une consigne (entre 0,10 € et 0,20 €) est ajoutée au prix du produit conditionné dans des emballages en verre standardisé R-Cœur et restituée au retour de l’emballage en magasin, déposé dans une machine de déconsignation prévue à cet effet. Les emballages vides peuvent ainsi être acheminés vers des centres de lavage, afin de réintégrer les circuits logistiques et d’être à nouveau remplis et mis en rayon.
Pour évaluer les conditions concrètes du déploiement de ce projet, les groupes locaux du réseau Zero Waste des régions concernées ont enquêté dans 74 super- et hypermarchés engagés dans ce dispositif (soit 22% des magasins participants à date) entre le 4 avril 2026 et le 23 mai 2026. Plusieurs constats sont dressés par l’association.

Un magasin sur dix – parmi ceux visités et répertoriés au moment de l’enquête sur le site mis en ligne par Citeo – ne présente aucun produit en emballage réemployable en rayon. Seulement neuf références réemployables sont disponibles en moyenne dans chaque magasin participant alors que les super- et hypermarchés proposent autour de 4 000 références alimentaires selon la Fédération du Commerce et de la Distribution). Des écarts de prix – après déduction de la consigne – importants sur un certain nombre de produits sont observés allant de +12% pour une bouteille de vin à +230% pour une bouteille d’eau plate. En point de vente, 63% des magasins participants présentent une information incomplète sur le dispositif : affichage, panneau d’explication des étapes du réemploi et étiquette détaillant le prix de la consigne. Enfin, des machines de déconsignation difficilement repérables sont constatés dans près d’un tiers (29%) des magasins visités.
« Le compte n’y est pas », déplore Marine Bonavita, chargée de plaidoyer de Zero Waste France.« Non seulement le nombre de magasins engagés dans le projet a été réduit de deux tiers par rapport aux annonces initiales, mais en plus, le peu de références disponibles sont noyées dans les rayons. Surtout, les prix de certains produits sont prohibitifs et ce, de manière injustifiée. Qui serait prêt à payer son eau en bouteille 2 à 3 fois plus cher sous prétexte qu’elle est conditionnée dans un emballage réemployable ? ».
« On est très loin de l’objectif de sortie des emballages en plastique à usage unique en 2040, qui est pourtant un impératif si nous voulons lutter efficacement contre la pollution plastique. Face à cette urgence environnementale et sanitaire, nous ne pouvons pas compter sur la seule bonne volonté des enseignes et des marques, ni d’éco-organismes en plein conflits d’intérêts. La puissance publique doit intervenir beaucoup plus fortement pour encadrer, sanctionner et soutenir les alternatives à l’usage unique, comme le réemploi », ajoute Bastien Faure, directeur de Zero Waste France.
Zero Waste France demande donc au gouvernement de faire respecter l’obligation de consacrer au moins 5 % du montant des écocontributions des éco-organismes au réemploi et porter cette part à un minimum de 10 % ; de renforcer le suivi de l’action des éco-organismes en matière de réemploi en exigeant notamment une augmentation des financements lorsque les objectifs minimaux réglementaires ne sont pas atteints ; d’encadrer la reprise des emballages réemployables par les distributeurs ; de contraindre les éco-organismes à mettre en place un système de primes et pénalités aux montants plus élevés, afin de rendre les emballages réemployables plus compétitifs que les emballages à usage unique ; et enfin, de confier la gestion des fonds réemploi à un tiers ne se trouvant pas dans une situation de conflit d’intérêt.
Pour rappel, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), votée en 2020, fixe un objectif de 5% d’emballages réemployés en 2023, puis 10% en 2027, en vue de la sortie des emballages plastiques à usage unique en 2040. Ces objectifs intermédiaires ne sont aujourd’hui pas atteints selon l’ADEME.
Pour en savoir plus :