Coiffes et capsules : l’éco-conception sous compromis
posted Sunday 31 May 2026
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Les fabricants de coiffes et capsules pour les bouteilles de vins et spiritueux doivent répondre à une équation difficile : proposer des solutions à la fois recyclables et peu coûteuses. Le compromis : aller vers des produits ayant une empreinte carbone réduite.
Depuis 2025, le marché du vin s’avère compliqué pour de multiples raisons : baisse des consommations d’alcool et du pouvoir d’achat, taxe Trump à l’export, aléas climatiques ayant impacté les récoltes 2024 et 2025… Face à ce manque de visibilité, «les clients ont tendance à commander dans des quantités moindres pour éviter de stocker leurs matières sèches, et veulent être livrés dans des délais très courts afin d’être réactifs sur leur marché», constate Gaëlle Saunier-Louyot, présidente de l’entreprise Saucaps qui fabrique des capsules de sur-bouchage pour vin tranquille, et distribue des coiffes. Dans un contexte global de contraction, les tendances actuelles du marché sont portées par différents facteurs. «Face à cette pression, les clients cherchent à se différencier davantage en point de vente afin de capter l’attention, créer de la valeur. Beaucoup travaillent leur image, leur packaging, ce qui se traduit chez Crealis par un volume de nouveaux projets», relève Isabelle Gruard, directrice marketing de la société. Celle-ci se réorganise actuellement en «business units» et en regroupant des usines pour mieux répondre aux besoins en agilité du marché.
La premiumisation des emballages constitue une tendance majeure. «On observe une évolution de la consommation selon les segments de prix, avec une dynamique plus favorable sur le segment premium que sur l’entrée de gamme. Ce phénomène est particulièrement visible dans le secteur des vins – et non plus uniquement le champagne. Les crémants et les cavas, par exemple, montent en gamme, tout comme les spiritueux», ajoute-t-elle. La capsule à vis monte en puissance en France. Son développement s’appuie principalement sur les marchés export, ainsi que sur les segments des vins blancs et rosés. La demande progresse également sur les vins sans alcool et les vins pétillants, notamment de type frizzante. «L’utilisation du gaufrage se développe, en remplacement de l’encre ou de la dorure. Mais les codes restent assez classiques et forts, avec des teintes or, noir. Les cuvées sans alcool adoptent d’ailleurs les codes des boissons alcoolisées», remarque Isabelle Gruard. Madalina Mitru, directrice marketing monde de la division Vins et Spiritueux d’Amcor confirme : les marques s’intéressent aux «décorations et effets qui confèrent qualité et haut de gamme, comme des finis mats, des effets métalliques, des encres fluorescentes ou perlescentes, ou encore du marquage à chaud». Le groupe est notamment en capacité de réaliser une finition texturée sur-mesure ou standard sur sa capsule Stelvin® grâce à sa solution ShapeArt.
Le développement des solutions monomatières freiné par leur coût
Les enjeux d’éco-conception occupent bien sûr une place centrale, tout en faisant face à des contraintes économiques. «Nos clients demandent à la fois un prix et des capsules plus facilement recyclables, ce qui n’est pas une équation évidente. Nous fabriquons des capsules en étainou en aluminium pur, 100% recyclables mais beaucoup plus chères à l’achat par rapport à une capsule en complexe-aluminium. Il n’est pas simple de trouver une nouvelle matière plus éco-responsable. Nous nous orientons vers un complexe à base d’aluminium avec une autre matière remplaçant le PE», analyse Gaëlle Saunier-Louyot. L’intérêt pour les capsules mono-matériau est réel, mais leur déploiement reste freiné par les contraintes techniques et industrielles du marché. «À ce stade, les capacités de l’industrie ne permettent pas encore de proposer des solutions mono-matériaux (hors étain et aluminium embouti) répondant à l’ensemble des usages, volumes et performances attendus, et à des conditions économiques compatibles avec le marché. Nous avons développé une capsule composée exclusivement de trois couches d’aluminium, mais cette solution présente encore une empreinte carbone significative, au-delà du prix plus élevé qu’une capsule en complexe standard», explique Mélanie Thomas, directrice commerciale France de Ramondin. De son côté, Crealis a travaillé sur la capsule en étain 100% recyclé Virtuo, ce qui permet de réduire de 61% l’empreinte carbone (comparaison entre une capsule TinClass conventionnelle et une capsule fabriquée à partir de 100% d’étain recyclé). Le groupe Amcor a, lui, développé la capsule Softgard, fabriquée avec 90% d’étain recyclé. Il a par ailleurs réduit l’empreinte carbone de sa capsule à vis Stelvin® 30H60. L’aluminium utilisé pour produire ces capsules en Europe contient en moyenne 65% de matière recyclée, ainsi que de l’aluminium pur bas carbone.
Recyclabilité et / ou empreinte carbone
Mélanie Thomas tient à clarifier un aspect : il est essentiel de distinguer recyclabilité des capsules (économie circulaire) et réduction de l’empreinte carbone (impact climatique global), deux notions complémentaires mais qui ne vont pas nécessairement de pair. «Les capsules en étain, par exemple, sont 100% recyclables, mais l’empreinte carbone de cette matière est élevée», souligne-t-elle. À l’inverse, les capsules utilisées pour les bouteilles de champagne ou les vins tranquilles sont majoritairement fabriquées à partir de matériaux issus de complexage, associant des films d’aluminium et de PET ou PE. Si ces solutions ne sont pas recyclables dans les filières actuelles, leur empreinte carbone reste maîtrisée. «Nous interrogeons toujours nos clients sur leurs priorités et leurs besoins par rapport à leur démarche RSE et dans certains cas, en fonction de la taille de leur structure, leurs obligations d’identifier leurs données dans le rapport de durabilité (CSRD). Actuellement, dans la majorité des cas, le bilan carbone de nos produits constitue le besoin prioritaire», poursuit Mélanie Thomas.
Des alternatives complexées, biosourcées, sans PVC
Les fabricants de capsules et de coiffes multiplient les pistes. Crealis propose «la coiffe Symbiosis®, majoritairement conçue en papier, avec une couche d’aluminium – mais sans plastique. A l’ouverture, le consommateur entend ce bruit de papier que l’on déchire», assure Isabelle Gruard. Amcor a également conçu la coiffe Essentielle, associant elle 66% d’aluminium et 32% de papier. Autre alternative chez Crealis : la coiffe Sparlux et la capsule Elite disponibles en PE biosourcé. Les capsules Elite et les coiffes Premium sont également disponibles avec le complexe R-derma®, à base de 60% PE recyclé. L’objectif des fabricants est
de pouvoir totalement éviter l’utilisation de PVC. Amcor a ainsi lancé la gamme de capsule à vis Stelvin® ColourSprint avec un liner en EVOH. Ramondin fabrique des capsules en PET classique ou biosourcé – matière est recyclable. L’entreprise continue par ailleurs d’investir dans l’optimisation de ses solutions, avec une approche fondée sur l’ingénierie des matériaux, sans changement de leur nature. Elle fabrique des capsules à base du complexe Optima, composée de deux couches d’aluminium et d’une couche de PE, en réduisant les épaisseurs. «Le laminage réalisé en interne nous donne une réelle liberté dans l’architecture des alliages», ajoute Mélanie Thomas. En termes de design, la tendance est à la jupe courte sur les capsules en Europe. «Une longueur classique de capsule se situe autour de 55 mm : nous en proposons jusqu’à 35 mm», précise Gaëlle Saunier-Louyot. Economiser la matière est aussi une alternative, notamment dans le contexte actuel de tension sur les matières premières qui pousse les entreprises à sécuriser leur approvisionnement et à développer toujours plus de solutions agiles.