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Flaconnage : la décarbonation pèse lourd sur les finances des verriers

Packaging

Parfumerie & Cosmétique

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posted Friday 30 October 2026

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La demande pour le flaconnage beauté reste soutenue, mais la filière fait face à plusieurs difficultés, entre la hausse des coûts de l’énergie, des matières premières, le coût du travail et les difficultés de recrutement. Malgré cela, les acteurs du secteur investissent lourdement dans la décarbonation (fours électriques ou hybrides) et poursuivent leurs travaux en matière d’éco-conception et d’innovation.

Dans le milieu de l’industrie verrière, le flaconnage occupe une place à part. Les attentes des marques sont fortes sur l’esthétique, le design. La demande reste soutenue. «La filière a été chahutée en 2024 et 2025, mais cela s’améliore. Les fermetures de four ont surtout concerné l’emballage alimentaire. Le flaconnage résiste mieux», constate Jacques Bordat, président de la Fédération des Industries du Verre.
Au sein du groupe Pochet, François Lozano, directeur Excellence verrière, remarque que «sur dix publicités de parfums, sept montrent des flacons fabriqués dans la «glass valley». La France reste réputée sur le marché du flaconnage de luxe. Le marché européen fournit à la fois le luxe et le mass-market». Sur le marché de la beauté, le verre donc reste un matériau recherché par les marques, surtout dans le parfum. «Mais notre secteur fait face à un environnement complexe. Les coûts de production en Europe augmentent à cause de ceux de l’énergie et des matières premières. Sur ces dernières années, des paramètres extraordinaires se succèdent, formant une continuité : la crise sanitaire, la guerre en Ukraine, la crise énergétique actuelle avec le conflit en Iran… A cela s’ajoutent le coût du travail et celui de la décarbonation, qui sont énormes. Nous continuerons d’investir pour répondre aux attentes des marques en matière d’innovation et d’éco-conception, ainsi que pour accompagner les transformations liées à l’automatisation et à l’intelligence artificielle – mais cet engagement nécessite des conditions permettant de préserver une rentabilité suffisante», alerte Simone Baratta, directeur de la division Parfum et Beauté de Bormioli Luigi. A ces difficultés s’ajoutent celle du recrutement. «Nous travaillons notre marque employeur car il est compliqué de recruter actuellement. Nous sommes connus dans la «glass valley» mais pas au-delà. Nous avons besoins de compétences techniques, par exemple pour des postes d’électromécanicien ou dans l’automatisation. Il n’y a aujourd’hui plus d’écoles qui forment aux métiers du verre, nous avons donc créé des formations en interne. Les stéréotypes sur les métiers de l’industrie sont tenaces, malheureusement», remarque François Lozano. Le groupe Pochetcontinue d’investir dans l’humain, consacrant une enveloppe de
13 millions d’euros notamment pour améliorer l’ergonomie des postes (suppression des ports de charge, etc.). Des salariés en arrêt maladie ont ainsi pu retrouver leur emploi. Le directeur de l’excellence verrière, qui a pris ses fonctions il y a quelques mois, travaille également sur les process «métier» (réduction des taux de perte, meilleure maitrise des process, etc.) et sur le redéploiement du verre.

Le coût massif de la décarbonation
La décarbonation de l’industrie verrière s’appuie, entre autres, sur des solutions telles que les fours électriques ou hybrides (gaz – électricité). Ces derniers peuvent intégrer la technologie d’oxycombustion, utilisant l’oxygène pur comme comburant. En éliminant la présence d’azote thermiquement inutile dans l’air de combustion, l’efficacité thermique de la flamme est améliorée et moins de combustible est nécessaire pour atteindre les températures de fusion des matériaux. «Verescence améliore en continu la performance énergétique de ses fours verriers et nous privilégions, lors de leur renouvellement, des technologies bas carbone. Par exemple, le four N°6 de l’usine de Mers-les-Bainsa été reconstruit cet été avec une technologie hybride qui permet de remplacer jusqu’à 80% des énergies fossiles par de l’électricité», précise Céline Le Marre, responsable marketing et communication du verrier.

Depuis début 2025, le premier four électrique français dédié
au flaconnage de luxe est opérationnel dans l’usine normande de Pochet du Courval, l’entité verrière du groupe. Mis au point par l’entreprise Fives, ce four est doté de trois arches électriques de cuisson et consomme deux fois moins d’énergie par tonne de verre qu’un four à gaz. «Le pilotage et le fonctionnement de ce nouvel équipement donnent le niveau de qualité que nous attendions. Il permet de produire 25 millions de flacons de plus par an, tout en réduisant les émissions de CO2 d’environ 8000 tonnes chaque année», détaille François Lozano. Le groupe poursuit son plan de décarbonation. Pour le flaconnage, l’un des projets vise l’électrification des feeders (les canaux entre le four et les machines) et des arches de recuisson (pour la descente en température du verre) du site normand. Un autre projet d’envergure est celui dédié à la «puissance durable» : «si nous investissons dans un second four électrique – ce qui est à l’étude – nous aurons besoin de plus de puissance. Nous sommes aujourd’hui à la limite de la puissance électrique du site de Guimerville. Cela signifie que nous devons faire des travaux pour amener une alimentation électrique suffisante jusqu’à l’entrée de l’usine afin de passer de 12 à 18 mégawatts», explique-t-il. Le groupe Pochet s’est associé au fournisseur d’énergie renouvelable ABO Wind en signant un contrat d’achat d’électricité long terme, pour une durée de 20 ans. Cet accord prévoyait notamment la mise en service d’un parc photovoltaïque, désormais opérationnel en Charente. Le nouveau four électrique est en partie alimenté par cette énergie verte.

Quant à Bormioli Luigi, le verrier italien compte deux fours électriques ainsi qu’un four hybride fonctionnant avec 40% d’électricité. En 2027, il transformera dans son usine espagnole un four à gaz en une version hybride. «L’énergie électrique en Europe – et notamment en Italie – est très chère. Nous utilisons de l’énergie renouvelable mais celle-ci n’est pas disponible en quantité illimitée, et là aussi l’impact sur les coûts est énorme. Le retour sur investissement pour un four électrique est très long», relève Simone Baratta. Des subventions européennes sont accessibles dans le cadre de projets liés à des technologies innovantes, mais restent un «petit» soutien au vu du prix d’un four électrique.

Le flaconnage français pénalisé par rapport à ses concurrents européens
Si la Commission européenne a fait un pas en faveur de l’industrie verrière, la France tarde à suivre. «Notre industrie est en colère. Nous sommes engagés dans une feuille de route de décarbonation très volontariste. Des verriers investissent dans l’électrification des fours. Nous avons bataillé pour obtenir que notre filière industrielle soit éligible au système de compensation des coûts indirects du carbone. Ce dispositif permet aux industries électro-intensives de récupérer une partie du coût du CO2 répercuté sur leur facture d’électricité. En décembre 2025, l’Union européenne a étendu aux différents secteurs verriers ce dispositif, qui est maintenant déployé au niveau de chaque état. Nous sommes sidérés de voir qu’il n’est toujours pas appliqué en France, pour des raisons budgétaires – alors même que notre pays avait fortement œuvré auprès de la Commission européenne pour l’élargissement de ce dispositif, et que nous avons de l’électricité en abondance. C’est incohérent. En attendant, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne avancent, eux, ce qui nuit à la compétitivité de notre filière. Or, dans le domaine du flaconnage, la concurrence est principalement européenne», s’insurge Jacques Bordat. «Investir dans un four décarboné coûte deux fois plus cher qu’un four classique. Les verriers peuvent bénéficier d’aides, mais elles ne couvrent pas la totalité de l’investissement et ne pas avoir accès au système de compensation est un frein. Certains pourraient remettre en question leur stratégie de décarbonation et d’investissement – se demandant s’il ne serait pas plus pertinent d’investir ailleurs. Et pour l’instant, nous n’avons aucune visibilité sur une potentielle évolution de la situation», ajoute-t-il.

L’allègement du verre et l’intégration de recyclé deviennent la norme
Par ailleurs, la Fédération des Industries du Verre reste vigilante quant à la réduction des emballages demandée par la règlementation PPWR : «attention à la standardisation des emballages… Le matériau verre permet une grande créativité, et nous devons conserver la possibilité d’imaginer des designs qui soutiennent l’identité des marques. C’est l’atout des verriers européens. Le texte de la PPWR n’est pas clair à ce sujet. L’un de nos combats est de le clarifier et de nous assurer que les lignes directrices restent suffisamment flexibles pour la création», remarque Jacques Bordat.
L’un des principaux axes de travail des verriers reste l’allègement du poids de verre. Le groupe Pochet fait évoluer le design des flacons existants, ou travaille en amont avec les clients pour de nouveaux développements éco-conçus (parois plus fines, répartition différente du verre…). Verescence propose des flacons et pots allégés dans ses collections de modèles standards, que ce soit pour les parfums, le soin ou le maquillage (le flacon GEM, 106 g pour 100 ml). «Nous avons collaboré avec Parfums Christian Dior pour alléger le flacon du parfum J’adore Intense. Le flacon 100 ml pèse 110 g et présente une réduction de 46% du poids de verre», souligne Céline Le Marre. Le groupe Bormioli Luigi s’appuie entre autres sur son expertise des arts de la table dont il transfère les technologies pour réduire le poids du verre. «De récents travaux que nous avons menés ont abouti à un allègement de 40% du poids d’un flacon standard pour la même esthétique premium, la même résistance mécanique et la même contenance», assure Simone Barrata.
En outre, l’utilisation de verre recyclé est désormais répandue. Depuis 2018, Pochet du Courval intègre systématiquement du verre recyclé post-consommation (PCR) dans ses flacons. L’entreprise a conçu le verre Seva, contenant 15% de verre recyclé issu de la collecte des ménages. «Nous avons travaillé sur nos process pour obtenir un verre brillant, transparent, même avec du recyclé», souligne François Lozano. Verescence intègre aussi dans ses flacons de luxe du calcin issu du recyclage des verres d’emballage (bouteilles, bocaux, flacons et pots). «Nos quatre usines verrières produisent en continu le Verre Infini® 20, contenant 20% de verre recyclé PCR. Nous produisons également en France le Verre Infini®40, avec 40% de recyclé – tout cela sans compromis sur la qualité du verre», assure Céline Le Marre. Pour Bormioli Luigi, «intégrer 15% de PCR dans nos produits parait raisonnable si l’on considère l’exigence esthétique à laquelle nous tenons et la disponibilité de cette ressource en Europe. Nous pouvons cependant augmenter la part de PCR pour les clients qui le demandent, moyennant au besoin un laquage du flacon qui masquera une éventuelle perte de transparence», ajoute Simone Barrata.

Les fabricants visent aussi une meilleure recyclabilité des flacons. Cela passe par une forte augmentation des bagues à vis pour retirer la pompe, la rechargeabilité des flacons ou des décors à base de vernis hydrosolubles. Le secteur de la parfumerie n’est pas le seul concerné : Bormioli Luigi a lancé Swing, un rouge à lèvres en verre rechargeable. Les possibilités de création avec le verre semblent bien intactes.

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