Emballage bois : le réemploi et la valorisation au cœur de la stratégie de la filière
posted Wednesday 30 September 2026
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Palettes, caisses à vins et emballages légers en bois doivent composer avec une consommation au ralenti, les conséquences du réchauffement climatique et une multiplication des contraintes réglementaires. La Fédération nationale du bois (FNB) défend un modèle fondé sur le réemploi et la valorisation des déchets bois. Elle alerte toutefois sur le risque de coûts et de lourdeurs disproportionnés pour une filière largement composée de TPE et PME. Entretien avec Léa Charron, responsable pôle professionnel palettes et Aurore Thomin, référente Emballage Léger en Bois à la FNB.
Comment se portent les secteurs de l’emballage bois ces derniers mois ?
Selon le type d’emballages – palettes, emballages légers en bois ou caisses à vins – les constats différent. La conjoncture économique morose et la consommation en berne impactent l’ensemble des secteurs. Les caisses à vins enregistrent ainsi un fort ralentissement, conséquences des taxes US et d’une baisse de la consommation structurelle en vins et spiritueux.
En ce qui concerne celui des emballages légers en bois, la dernière saison estivale des fruits et légumes – qui représente la plus grosse activité de l’année pour cette filière – a été mitigée. Les canicules et épisodes de sécheresse ont fortement réduit les récoltes de cultures plein champ non irriguées, et donc les besoins en emballages. A contrario, le melon a fait une très bonne saison, ce qui a permis au secteur de tirer son épingle du jeu. Son atout : sa réactivité et la flexibilité de ses outils qu’il est facile d’adapter en fonction des besoins, contrairement à d’autres matériaux comme le plastique ou le carton.
Même constat pour les palettes. Mis à part un pic d’activité cet été avec une forte consommation de boissons en raison des chaleurs, les volumes restent à peu près stables et le marché assez atone. Résultat : une plus forte pression sur leurs prix et des difficultés à faire passer des hausses alors que les coûts de matière première et de production augmentent. Autre conséquence et non des moindres : les palettes reconditionnées, moins chères, sont de plus en plus sollicitées depuis 2022. Si le modèle du réemploi n’est pas nouveau pour ce secteur (il remonte aux années 80), il trouve un écho croissant dans la logique réglementaire actuelle du marché. Face à cette demande croissante et au stock de marchandises, on constate même actuellement des tensions quant à l’approvisionnement en palettes d’occasion sur certains modèles comme la palette EPAL.
Quels sont les autres impacts du changement climatique sur la filière ?
En amont, ce dérèglement a aussi des conséquences sur les récoltes de bois. Le secteur se retrouve face à des afflux de bois dits «de crise», issus d’incendies ou d’épisodes de tempêtes. Un phénomène qui va s’ancrer dans la durée et auxquels les professionnels du bois se préparent pour être capables de traiter rapidement ces volumes de bois avant qu’ils ne s’abiment et éviter ainsi de gâcher la matière… Enfin, la hausse du coût du gaz et de l’électricité impactent directement les charges des scieries, qui se répercutent au final sur le coût de production des emballages bois.
Raison pour laquelle les importations en France restent élevées : on estime entre 30 à 40 millions le nombre de palettes venant principalement de pays voisins européens. En comparaison, ce sont 50 millions de palettes neuves qui sont produites chaque année en France, contre 97 millions de palettes reconditionnées.
Sur le plan réglementaire, de quel œil voyez-vous arriver le règlement européen contre la déforestation et la dégradation des forêts (RDUE) ?
Nous en comprenons l’essence qui est louable – la lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts dans le monde – mais sa complexité était pointée du doigt. Globalement, la filière est prête : nous travaillons sur le sujet depuis trois ans. Le règlement doit entrer en vigueur au 1er janvier 2027, après avoir été repoussé pour ces raisons à deux reprises. Sur la dernière version du texte, l’exigence de traçabilité complète ne concerne désormais plus que les acteurs de la récolte en forêt, le dispositif ayant été allégé pour les producteurs et transformateurs. La FNB a d’ailleurs élaboré des fiches pédagogiques pour permettre à chaque entreprise de comprendre comment appliquer cette réglementation selon la catégorie d’entreprise à laquelle ils appartiennent, leur position dans leur chaîne d’approvisionnement et la nature de leurs activités.
Nous attendons la mise en place d’un système d’information européen qui servira de plateforme opérationnelle. Les données de traçabilité (référence, date, lieu de récolte, essence de bois, géolocalisation des parcelles, etc.) génèrent un numéro de référence unique (DDS) qui se transmettra ensuite de maillon en maillon. Le fabricant d’emballage n’a qu’à suivre ce numéro, sauf s’il exploite lui-même le bois. Les emballages reconditionnés ne sont pas concernés, la conformité étant acquise à la première mise sur le marché.
L’autre grand chantier réglementaire reste le PPWR. Comment appréhendez-vous sa mise en application pour vos adhérents ?
En ce qui concerne le règlement PPWR, l’emballage bois coche déjà pas mal de cases : réemploi, recyclage, réduction à la source. En France, son taux de recyclage atteint 37% selon la dernière étude de l’Ademe, emballages industriels compris alors que les objectifs européens sont fixés à 25% pour 2030 et 30% pour 2040. Quant au taux de réemploi, celui des palettes se situe entre 72 et 75%. Nous devrons atteindre les 100% comme le prévoit le règlement pour les échanges logistiques intra entreprises. La FNB regrette toutefois que le règlement ne prenne pas en compte les atouts intrinsèques du matériau bois, comme le carbone stocké pendant toute la vie de l’emballage. Son analyse de cycle de vie n’a pas été retenue comme critère, ce qui aurait pu justifier la mise en place de modulations sur les exigences de réduction ou de recyclage.
Désormais, l’enjeu est de démontrer aux législateurs ce qui se passe concrètement sur le terrain afin de démontrer que notre système de réemploi déjà bien rodé répond aux exigences du PPWR. Le nombre minimum de rotations est en train d’être discuté : la question de la remontée des données sera cruciale. Sur ce point, le sujet de la traçabilité reste d’ailleurs le nerf de la guerre. Et même si les loueurs en pool suivent déjà leurs actifs, et EPAL a déployé un QR code, la traçabilité à l’emballage est un défi. Les outils numériques restent chers au regard du prix du produit. Et la question demeure : qui paiera dans la chaîne de valeur ? Faut-il le rappeler : la filière bois est un secteur atomisé, essentiellement composée de TPE/PME familiales et indépendantes pour leur grande majorité, c’est autant de coûts et de lourdeur administrative supplémentaires à gérer pour ces petites structures. Nous avons l’impression de subir les «dommages collatéraux» d’un règlement initialement destiné à la lutte contre le plastique.
Enfin, nous regrettons que le PPWR alimente un flou réglementaire qui profite au plus fort. A titre d’exemple, le bois ne contient ni PFAS ajoutés ni huiles minérales, mais les fournisseurs doivent le prouver, souvent parce que leurs clients leur transfèrent leurs propres obligations. La FNB a fourni à ses adhérents des modèles de déclaration de conformité et, avec l’institut technique FCBA, une note collective sur l’article relatif aux substances préoccupantes. Cela n’exonère pas chaque entreprise de sa propre déclaration.
Au 1er janvier 2027 doit également rentrer en application la REP Emballages professionnels. La filière emballages bois est-elle également prête pour cette échéance ?
Effectivement, contrairement aux emballages ménagers, les emballages bois représentent le 2e gisement en tonnage après le carton dans cette REP Emballages professionnels. Nous avons donc travaillé très tôt en amont avec les services de l’Etat et l’Ademe pour faire reconnaitre la spécificité économique du bois d’emballage qui ne pouvait être considéré un déchet comme un autre. Notre position était la suivante : si la filière bois récupère déjà le matériau avec une valeur positive (70 euros la tonne pour les bois de récupération), pourquoi faire payer une écocontribution pour financer une gestion qui fonctionne déjà ?
Reste un point sensible : la reprise des emballages bois collectés par les collectivités, seul volet opérationnel et non purement financier de cette REP. A date, le montant n’était pas fixé. Le coût varie fortement d’une collectivité à l’autre, selon qu’elle trie ou non ses déchets bois et que des systèmes de récupération soient déjà mis en place ou pas. Or, nous ne voulons pas financer de mauvaises pratiques et plaidons pour une écocontribution alignée sur le coût réel d’un déchet bien géré et pour un accompagnement des collectivités vers le tri et la valorisation en bois de classe A.
Quels sont les autres chantiers de travail au sein de la FNB ?
La mise en conformité aux textes réglementaires mobilise une grande partie de nos ressources et de notre temps. En parallèle, nous poursuivons nos travaux pour augmenter les capacités de séchage et de traitement NIMP 15. Des procédés qui deviennent d’autant plus nécessaires pour protéger les bois de crise contre le bleuissement et les moisissures ou encore lutter contre le nématode du pin, aujourd’hui circonscrit à une zone du sud-ouest des Landes. La FNB accompagne les industriels pour créer des cellules de séchage adossées à des chaudières biomasse, alimentées en énergie verte. Soutenu par le Fonds chaleur de l’Ademe, le dernier appel à projets doit ajouter 150 000 m³ de capacité en Nouvelle-Aquitaine.
Enfin, la lutte contre le marché gris des palettes reconditionnées reste un autre sujet de préoccupation. On estime ainsi qu’entre 20 et 25 millions de palettes circuleraient chaque année, échappant à la réglementation et aux écocontributions. La FNB réclame toujours l’interdiction des achats de palettes en espèces, dits achats «comptoir», mais le sujet peine à trouver sa place dans des lois de finances où il n’est pas considéré comme une priorité. En attendant, nous travaillons à sensibiliser les donneurs d’ordre : travailler avec des réparateurs licenciés EPAL et mesurer le risque qu’une palette mal réparée fait peser sur le transport des marchandises.