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La décoration des flacons de parfum, en toute transparence

Packaging

Parfumerie & Cosmétique

Vu dans le mag

posted Sunday 31 May 2026

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La mise en conformité à la règlementation PPWR mobilise les verriers, les poussant à développer des technologies de décoration maintenant le verre translucide, ou des décorations directement dans le verre.

Les lancements de parfum se suivent et se ressemblent… ou pas ! En matière de décoration de flacons, deux tendances semblent cohabiter en permanence : les flankers, et les créations. «Nous observons depuis deux ou trois ans un certain classicisme et de la sobriété concernant le parachèvement. Ils font écho au développement des collections de parfums ultra prestiges, avec un même flacon mais des variantes de couleurs, de textes. Pour nos clients, c’est un relais de croissance», remarque Hervé de Froberville, directeur du développement du Groupe Pochet. «A l’inverse, d’autres maisons choisissent des décors opulents, comme par exemple le flacon du parfum Venus de Nina Ricci, décoré d’une plaque avec un effet scintillant, et collée sur le flacon. L’enjeu du collage porte sur la maitrise des formes pour que l’appairage entre le flacon et la plaque soit parfait», détaille-t-il. Les couleurs, les concepts esthétiques dépendent aussi beaucoup du marché final. «Cette année, les teintes roses et rouges dominent. On remarque une tendance au laquage pour des personnalisations très visibles, car cette technologie apporte beaucoup de différenciation. Le revêtement interne reste apprécié car il révèle la distribution du verre. Le marquage à chaud est choisi pour des effets miroir, brillants», résume Emanuela Fava, directrice R&D et de l’atelier de décor de Bormioli Luigi. Par ailleurs, la décoration directement dans le verre gagne du terrain : «nous avons des demandes grandissantes pour des reliefs, des gravures, et effets structurels obtenus grâce aux moules», indique Géraldine Saux, directrice marketing France de Heinz Glas. L’une des dernières réalisations du verrier est le flacon de l’édition limitée du parfum Libre Vanille Couture d’YSL (groupe L’Oréal) : les faces avant et arrière du flacon sont décorées d’un motif micro-gravé directement dans le moule verrier, associé à une métallisation partielle sur les quatre faces du flacon. Le logo YSL est un élément séparé, collé sur le flacon. Une prouesse technique qui a permis à la marque de remporter un Award lors du salon Paris Packaging Week 2026.

Maintenir la transparence du verre pour le tri
Toutes les technologies existantes sont en phase d’amélioration pour permettre une meilleure recyclabilité des flacons. «Nous améliorons l’application, la couvrance des laquages par exemple car les systèmes de tri ne sont pas toujours capables de détecter le verre si le revêtement est opaque. Nous développons, entre autres, la technique du sputtering, qui s’apparente à celle de la métallisation sous vide. C’est une technologie similaire, réalisée sur la même ligne, mais les métaux choisis – acier, or, argent, cuivre… – sont transformés sous l’effet d’un gaz et déposés à la surface du flacon sous la forme de micro-fragments dont il possible de définir l’épaisseur, le but étant de conserver la transparence du verre. Ce procédé était historiquement réservé au plastique : cela nécessite une adaptation technique pour le verre», détaille Emanuela Fava.
Le verrier a investi deux millions d’euros dans une ligne complète dédiée au sputtering. Le groupe Heinz projette lui aussi d’augmenter ses capacités concernant le sputtering. L’objectif : anticiper la règlementation PPWR. « Un seuil de transmittance – c’est-à-dire la capacité d’un matériau à laisser passer la lumière – se dessine à 2,5%. En dessous de ce seuil, un emballage en verre sera considéré comme non recyclable. Concrètement, des flacons teintés masse très opaques ne correspondraient pas à la règlementation. Cela va donc influencer le développement des décors. Les clients s’orienteront vers des teintes masse moins intenses pour que le flacon soit identifié comme du verre au moment de l’étape de tri. Pour la profession, l’enjeu est de conserver un large spectre créatif», explique Hervé de Froberville. Le Groupe Pochet a investi dans deux cloches permettant de réaliser de la métallisation translucide, un procédé qui s’appuie sur la technologie sputtering. «Lors d’une métallisation classique sous vide, le métal est chauffé pour être transformé en vapeur de métal, qui viendra se déposer sur le flacon. La métallisation translucide permet de maitriser l’épaisseur de cette vapeur, et de doser ainsi son intensité et la quantité de matière déposée», ajoute-t-il. Face à une demande grandissante, le groupe PRAD a augmenté ses capacités en métallisation liquide notamment pour proposer de la transparence. A l’inverse des techniques sous vide, le métal est alors appliqué en phase liquide sur le verre. Si cette technique est bien adaptée aux formes complexes, elle nécessite une grande maitrise pour contrôler l’épaisseur et la translucidité.


Un décor esthétique et fonctionnel
Cette notion de transmittance impacte également les laquages internes. «Nous avons développé le revêtement interne «miroir» et actuellement nous travaillons sur une solution translucide, toujours à base d’eau mais nous changeons la façon de l’appliquer car les différences sont plus visibles sur des rendus translucides. L’application doit être vraiment homogène, notamment sur des formes complexes ou des petits formats», précise Emanuela Fava. Sur un marché qui demande de l’agilité, Bormioli Luigi propose ses différentes techniques de décoration – facteur de différenciation – en petite quantité, comme le laquage intérieur Inside. Dans une optique d’optimisation des process et de recyclabilité de l’emballage, le verrier développe des solutions pour réduire les assemblages, en substituant par exemple une étiquette par un décor en sérigraphie ou en tampographie, qui aura le même effet esthétique. Le groupe Verescence recréé également «directement sur le verre l’effet visuel ou tactile d’un accessoire, qu’il s’agisse d’une plaque en métal ou d’une étiquette en papier ou en textile. Par exemple, pour créer un rendu de plaque en cuir très réaliste sur le plan visuel et au toucher sur notre flacon standard Mix, nous avons joué à la fois sur la personnalisation du moule finisseur et sur la précision d’un décor en sérigraphie. Nous combinons nos savoir-faire», explique Céline Le Marre, responsable marketing et communication du groupe.

Le décor devient en outre plus fonctionnel, afin d’améliorer la résistance du flacon, qui tend à être moins épais. Bormioli Luigi a mis au point le revêtement «Safe glass», une laque double couche qui apporte à la fois couleur et résistance aux chocs. En parallèle, l’industrie du parfum se prépare à l’évolution des règlementations des composés constituants les formules, notamment les filtres UV. La couleur d’un parfum est obtenue par un colorant, sensible à lumière : pour protéger le jus, les marques utilisent
des stabilisants (des filtres UV). Un stabilisant est soumis à l’Annexe VI du règlement cosmétique – or la révision (en cours) de cette annexe prévoit des changements dans les filtres UV autorisés et les conditions d’utilisation. Certains filtres UV ont déjà été reclassifiés ou interdits ces dernières années. En prévision des potentiels changements à venir, les verriers travaillent sur des laquages incorporant des filtres pour apporter une barrière anti-UV au verre et ainsi préserver la teinte des jus.

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